La BCE se donne de la flexibilité pour son QE

le 06/03/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les modalités du programme doivent permettre à la banque centrale d'augmenter son bilan autant que prévu.

La BCE se laisse une certaine souplesse dans la mise en place de son QE. La BCE à Francfort © ECB Robert Metsch

La Banque centrale européenne (BCE) s’accorde une certaine souplesse dans la mise en place de son programme d’assouplissement quantitatif (QE) de 60 milliards d’euros par mois. Hier, l’institution a détaillé en partie les modalités de son programme d'achats de titres souverains et quasi-souverains, baptisé PSPP (Public sector purchase programme) qui débutera dès lundi prochain pour durer jusqu’en septembre 2016 au moins. Des marges de manœuvre seront réservées aux banques centrales nationales pour leurs achats.

Comme elle l’avait déjà annoncé, la BCE achètera uniquement sur le marché secondaire des titres d’Etat de la zone euro, d’agences, d’institutions internationales et de banques de développement multilatérales dans la mesure où ces titres ont une maturité de 2 à 30 ans et sont notés dans la catégorie d’investissement.

La BCE a dévoilé hier la liste, qui pourra être amendée, des quatorze institutions concernées par les achats. Outre le Fonds européen de stabilité financière ou la Banque européenne d’investissement, on y retrouve côté français la Cades ou l’Unedic.

«Dans des circonstances exceptionnelles», quand les banques centrales nationales ne pourront pas acheter dans leur juridiction les montants de titres espérés, le conseil des gouverneurs pourra autoriser l’achat de titres d’institutions publiques non financières. C’est l’une des modalités qui démontre «une approche plutôt flexible et pragmatique en termes de mise en œuvre du QE», souligne l’économiste de Crédit Agricole CIB, Frederik Ducrozet. Certains ont pointé du doigt le risque que la BCE n'arrive pas à augmenter son bilan de quelque 1.000 milliards d'euros comme prévu si les banques et assureurs, gros détenteurs d'emprunts d'Etat en zone euros, ne souhaitent pas vendre.

La BCE a précisé qu’elle pourrait acheter des titres présentant un taux négatif à condition que celui reste au-dessus du niveau du taux de la facilité de dépôt c'est-à-dire de - 0,20%. Cette limite «exclut quelque 50 milliards d’euros de collatéral éligible, ce qui devrait augmenter la concentration sur d’autres émissions. Dans l’ensemble, cela devrait aider à aplatir davantage les courbes européennes», écrit Richard Cochinos, stratégiste chez Citi.

Comme il était prévu, les banques centrales nationales (qui achèteront 92% des titres contre 8% pour la BCE) acquerront des titres au prorata de leur part au capital de la BCE. Elles devraient concentrer leurs achats sur leur propre marché, mais jouiront d’une certaine flexibilité pour déterminer les montants de dette souveraine ou de titres d’agences qu’elles achèteront.

Afin de préserver le fonctionnement du marché, l'Eurosystème n'achètera pas plus de 33% de l’encours de titres de 2 à 30 ans d’un même émetteur. Pour éviter d’avoir une minorité de blocage en cas de restructuration de dette, il ne détiendra pas plus de 25% de chaque émission. Cette limite sera reconsidérée au bout de six mois.

Les titres achetés par l’Eurosystème pourront par ailleurs servir pour des opérations de prêts ou de repo. Les modalités de ces opérations, qui seront conduites de façon décentralisée, restent à préciser. Enfin, la BCE publiera toutes les semaines la valeur des achats réalisés dans le cadre du PSPP. Chaque mois, elle détaillera la maturité résiduelle des titres achetés en fonction du lieu de résidence de l’émetteur. Les achats de titres d’institutions internationales seront présentés à part.

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