L'assouplissement monétaire gagne du terrain

le 04/02/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Guerre des changes et baisse du prix des matières premières forcent les banques centrales à réagir.

L’aussie a reculé de 19% depuis l’été dernier. Dollars australiens © RBA

La chute des prix du pétrole et les mouvements de changes, liés notamment aux «QE», poussent un nombre croissant de pays vers l'assouplissement monétaire. Hier, c'est la RBA australienne qui a interrompu dix-huit mois de statu quo en baissant ses taux à un plus bas historique de 2,25%. Une décision qui fait suite au retour à la neutralité monétaire de la banque néo-zélandaise (RBNZ) la semaine dernière, ainsi qu’à la baisse surprise des taux au Canada en janvier. Ces décisions font corriger fortement les devises «matières premières».

Le dollar australien corrigeait de 2,7% contre le billet vert hier, entraînant dans son sillage son homologue néo-zélandais, en recul de 2%. «Les devises matières premières ont fortement corrigé sur fond de faiblesse du cours du minerai de fer et du cuivre», explique Natixis. L’aussie a reculé de 19%, le kiwi de 17% et le dollar canadien de 15% depuis l’été dernier. Depuis leur plus haut de mi-janvier, elles ont également reculé de respectivement 5,3%, 5,9% et 3,2% contre euro.

Outre la faiblesse du prix des matières premières, la RBA a cité un niveau de taux de change toujours surévalué qui détériore les termes de l'échange pour justifier sa décision. Cet argumentaire avait déjà été utilisé par la Banque du Canada pour expliquer la baisse surprise de ses taux directeurs fin janvier à 0,75%, ainsi que par la RBNZ, qui a de son côté mis fin la semaine dernière à son cycle de resserrement monétaire.

«La RBA devrait à nouveau baisser une dernière fois ses taux en avril, compte tenu de l’importance pour l’Australie du prix des matières premières, qui devrait rester faible, et d'une croissance sous son potentiel», estime SG CIB. Le taux australien à 2 ans chutait de 16 pb hier, à 1,82%. Les spreads de rendement à 2 ans contre Treasuries américains se sont comprimés de 90 pb en Australie et de 77 pb au Canada depuis septembre, et de 46 pb en Nouvelle-Zélande depuis un mois.

En Europe, le Danemark et la Suisse ont également réagi au QE de la BCE en assouplissant leurs conditions monétaires pour maintenir leur parité contre euro. Depuis son point haut de mi-janvier, le franc a cédé 8,2% contre la monnaie unique pour revenir à 1,056. De son côté, la BoE, que les marchés voyaient initialement débuter avant la Fed son processus de normalisation, a fait volte-face en le décalant à début 2016 sur fond de baisse de l’inflation.

En Corée, l’impact de l’assouplissement monétaire de la BoJ sur le won a contraint la banque centrale à baisser ses taux en octobre dernier, et une nouvelle baisse est attendue d’ici mars. Dans l’univers émergent, les pays importateurs de matières premières qui bénéficient de la baisse des prix sur leur activité et sur le niveau d’inflation élevé en ont profité pour donner de l’air à leur économie. C’est le cas de l’Inde, où la RBI a entamé le mois dernier un cycle d’assouplissement en ramenant ses taux à 6,75%, grâce à une relative stabilité de la roupie.

De son côté, la Turquie a déjà ramené son taux «repo» à 7,75% et devrait à nouveau l’assouplir, malgré une chute de la livre de 5,5% contre dollar depuis mi-janvier qui alimente les tensions inflationnistes. La Russie est également revenue vendredi sur une partie du resserrement d’urgence opéré en décembre, quitte à laisser filer une inflation déjà supérieure à 10%.

Une tentation à laquelle résistent pour le moment les autorités sud-africaines, revenues à une position neutre, tandis que le Brésil s'est engagé dans un cycle de durcissement monétaire.

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