La décision de la BNS fait de nombreux perdants

le 16/01/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Hedge funds, plates-formes de courtage, collectivités locales, emprunteurs polonais ou hongrois: la flambée de la devise suisse va coûter cher à certains acteurs.

Décrochage de l’euro face au franc suisse puis stabilisation autour de 1,03 CHF. Illustration L’Agefi.

Bain de sang sur les marchés. La décision de la Banque nationale suisse de laisser monter le franc laissera des traces dans les comptes des acteurs de la finance au premier trimestre, tels certains hedge funds qui était vendeurs de francs contre euro selon les positions spéculatives publiées par la CFTC. La monnaie unique a perdu hier jusqu’à 29% face au franc. «Il y a un effet d’emballement créé par des ordres automatiques d’achat et de vente, dès lors que les limites mises en place ont été cassées», indique Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.

L’ampleur des mouvements a conduit certaines plates-formes de change à arrêter de coter une partie de la matinée. Cela aurait été le cas d’Autobahn, la plate-forme de Deutsche Bank, numéro deux mondial sur le forex. D’autres, comme Saxo Bank, ont décalé l’exécution des ordres de leurs clients. Dès hier après-midi, le courtier en ligne britannique IG, leader des contracts for difference (CFD) qui permettent de parier sur les écarts de change, a estimé que l’affaire pourrait lui coûter 30 millions de livres. Les positions de certains clients ont dû être clôturées à des conditions moins favorables pour IG que le courtier n’a pu le faire avec les couvertures correspondantes. Quant à la Bourse de Chicago, elle a annoncé un doublement des appels de marges pour les dérivés assis sur le franc suisse.

Le pic de volatilité devrait aussi se faire sentir sur les produits structurés ayant comme référence le franc. C’est le cas des produits dits «à barrière», tels que les emprunts toxiques souscrits par certaines collectivités locales françaises et dont le taux devient variable si la devise suisse passe un certain seuil.

Dans cette logique, les investisseurs s’interrogeaient hier sur l’impact du choix de la BNS pour la Pologne et la Hongrie. Dans ces deux pays, les emprunteurs se sont en partie endettés en franc. Mais Budapest a choisi en novembre 2014 de convertir en forint les prêts immobiliers libellés en devises étrangères, la banque centrale fournissant aux banques les devises nécessaires.

Selon les stratégistes change d’ING, «la Hongrie est désormais mieux positionnée que la Pologne sur cette question de l’exposition au franc», chiffrée à 1,8%. La dette des ménages polonais libellée en franc n’a en revanche guère varié depuis 2010, à près de 140 milliards de zlotys (32 milliards d’euros). De quoi mettre en risque les banques polonaises, qui ont plongé en Bourse hier.

Décrochage de l’euro face au franc suisse puis stabilisation autour de 1,03 CHF. Illustration L’Agefi.
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Décrochage de l’euro face au franc suisse puis stabilisation autour de 1,03 CHF. Illustration L’Agefi.

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