La Grèce remet le risque politique en lumière

le 10/12/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’année 2015 sera également marquée par des élections en Espagne, en France et au Portugal.

Le gouvernement grec a annoncé que l’élection présidentielle était avancée au 17 décembre 2014. Vue d’Athènes © European Union

Les élections anticipées qui se dessinent en Grèce constitueront le premier test pour permettre aux investisseurs de jauger l’ampleur du risque politique en zone euro. L’extension de deux mois du programme d’aide internationale concédée lundi par les créanciers du pays lors de la réunion de l’Eurogroupe, a permis au premier ministre Antonis Samaras d’avancer d’un même délai, au 17 décembre, le premier tour de l'élection d’un nouveau président par le parlement. L’incertitude sur son issue a néanmoins provoqué une vive réaction des marchés hier.

Le scrutin pourrait ainsi comporter trois tours (les 17, 24 et 31 décembre) dans le cas où la coalition actuelle ne réussirait pas à obtenir une majorité des deux tiers (soit 200 sièges sur 300) au Parlement à l’issue des deux premiers. Au troisième tour, le candidat doit recueillir 180 suffrages sur 300. Avec une majorité actuelle de 155 députés, la coalition conservateurs-socialistes au pouvoir doit rallier la confiance de 25 élus supplémentaires. Elle cible les 23 indépendants ainsi que les élus du parti démocratique de gauche, qui a déjà fait partie du gouvernement.

Le premier ministre a affiché sa volonté de voir le pays «entrer officiellement dans l'ère de l'après-plan de renflouement» en choisissant hier Stavros Dimas, figure de la Nouvelle démocratie (ND), comme candidat officiel de la coalition à la présidence. Pourtant, elle n'a pas pu jusqu’ici obtenir le score requis de 180 suffrages dans aucun des votes récents, comme celui sur le budget qui s’est déroulé dimanche dernier.

«Le gouvernement, avec l’accord de son partenaire du Pasok, s’est lancé dans un jeu dangereux qui devrait certainement conduire à une dissolution du parlement», estime Natixis. En effet, dans le cas où le gouvernement ne réussirait pas à réunir une majorité de trois cinquièmes à l’issue de l’ultime vote, le parlement serait dissous dans un délai de dix jours et des élections législatives anticipées seront organisées entre le 25 janvier et le 8 février 2015.

Fort de la majorité de 26,6% engrangée lors des dernières élections européennes, le parti anti-austérité Syriza ressort favori des sondages, mais il ne devrait pas être en mesure de rassembler seul une majorité suffisante pour gouverner. Dans ce contexte, «la seule issue possible pour sortir de cette crise politique serait de constituer une coalition temporaire pour gérer la sortie du programme d’aide internationale», estime Natixis.

«Tout retour en arrière ou blocage des réformes si Syriza est élu rendrait les négociations avec la Troïka encore plus difficiles», ajoute RBS. L’émission d’un milliard d’euros d’obligations à court terme prévue d’ici à la fin de l’année constituera un test. Si l’extension de l’aide internationale jusqu’à fin février permettra de couvrir le pays jusqu’à la fin du processus électoral, elle annonce une période d’incertitude sur les marchés qui a déjà débuté hier.

Le rendement des obligations grecques à 10 ans se tendaient de 75 pb à 7,78%, alors que celui du Bund allemand passait sous 0,70% et celui de l’OAT restait sous le seuil de 1%. L'indice actions de la Bourse d'Athènes s'est effondré de 12,8%, entraînant à sa suite les autres indices européens.

«Les risques politiques ne sont pas circonscrits à la Grèce, et des années d’austérité après la crise ont alimenté le sentiment eurosceptique en Europe», rappelle RBS. L’année 2015 sera ainsi marquée par des élections régionales et nationales en Espagne, mais aussi en France, au Portugal et peut-être même en Italie.

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