Les courbes de taux continuent à s'aplatir

le 03/12/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le spread entre les taux 2 et 10 ans est au plus bas depuis fin 2008 en France et en Allemagne.

Fort mouvement d’aplatissement de la courbe de part et d’autre de l’Atlantique. Illustration L’Agefi.

L’atonie des taux longs américains et la baisse de taux périphériques européens ont entraîné un fort mouvement d’aplatissement de la courbe de part et d’autre de l’Atlantique. La perspective de rachats de dettes souveraines par la BCE semble expliquer cette tendance en zone euro. Aux Etats-Unis, la remontée des taux directeurs par la Fed courant 2015 permet une remontée progressive de la partie courte alors qu’un excès de demande de Treasuries et la baisse des anticipations d'inflation maintiennent les taux longs à des niveaux faibles.

En zone euro, la pente de la courbe de taux s’est écrasée de 27 pb en Espagne, 23 pb au Portugal et 20 pb en Italie depuis deux semaines entre les maturités 2 et 10 ans pour tomber à 142 pb, 231 pb et 152 pb. Les investisseurs souhaitent «tirer le maximum des stratégies de compression liées au renforcement des anticipations de rachats de dettes souveraines de la BCE, en achetant les maturités les plus longues pour profiter de la pente des courbes périphériques en prévision d’un meilleur rendement total», explique SG CIB.

En Allemagne et en France, le spread 2 ans - 10 ans s’est également tassé, certes moins violemment, à hauteur de 10 pb et 17 pb respectivement, à 76 pb et 99 pb, pour revenir aux niveaux de fin 2008.

Sur la partie 10 ans, les taux italiens, espagnols et portugais se sont détendus de 30 pb, 26 pb, et 33 pb sur les deux dernières semaines, et sont désormais passés sous les 3% au Portugal (à 2,8%), sous les 2% en Espagne (à 1,83%), tandis qu'ils flirtent avec ce niveau en Italie. Si la détente a été plus limitée à 12 pb en Allemagne et 20 pb en France, le rendement du Bund a chuté à un plus bas de 0,72% hier, alors que celui de l’OAT française est passé sous le seuil de 1%.

Le mini-krach de mi-octobre a ainsi été effacé pour l’ensemble des pays, sauf la Grèce. Le spread portugais à 10 ans contre Bund allemand est revenu à 207 pb, après avoir atteint un plus haut de 260 pb le 20 octobre. Sur la partie 2 ans, il est même passé sous le spread italien, à 52 pb. Dans le même temps, les spreads italiens et espagnols sont revenus à 128 pb et 100 pb, soit leurs plus bas depuis avril 2011 et mai 2010 enregistrés début septembre.

Aux Etats-Unis, la courbe s’est aplatie de 90 pb depuis le début de l’année sur le 2 ans - 10 ans. L'écart est au plus bas depuis mai 2013 en raison d'un double effet: la légère hausse du taux 2 ans liée aux anticipations du lancement du processus de normalisation de la Fed courant 2015, et la baisse du taux 10 ans à 2,22% hier qui s’explique moins aisément. «Quand on regarde les taux à long terme futurs anticipés on voit qu’il faut attendre au moins 5 ans pour que le taux à 10 ans retrouve le niveau de la croissance potentielle», autour de 3,2%, note Natixis.

La faiblesse des taux longs américains s’explique certes par le recul des anticipations d’inflation, mais également par un excès de demande des Treasuries. Celle-ci est liée à «la baisse des émissions avec la réduction du déficit public et du maintien d’un flux acheteur des non-résidents», selon Natixis. 

Le président de la Fed de New York, William Dudley, a indiqué que le rythme de resserrement monétaire aux Etats-Unis dépendra de la réaction des marchés, une hausse trop forte des rendements incitant la Fed à ralentir la hausse des taux Fed funds. Ce qui indique qu’elle souhaite conserver la main sur la courbe, alors que SG CIB table sur un taux 10 ans à 3,2% fin 2015.

Fort mouvement d’aplatissement de la courbe de part et d’autre de l’Atlantique. Illustration L’Agefi.
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Fort mouvement d’aplatissement de la courbe de part et d’autre de l’Atlantique. Illustration L’Agefi.

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