«Les marchés sous-estiment les obstacles à des rachats de dette souveraine»

le 24/11/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Frédérik Ducrozet, économiste senior chez Crédit Agricole CIB

-L'Agefi : Quelles conditions pourraient amener la BCE à annoncer un programme de rachats de dettes d’Etat?

- Frédérik Ducrozet : La BCE est transparente sur les facteurs susceptibles de déclencher un élargissement de ses programmes de rachats d’actifs – une dégradation des perspectives d’inflation et/ou l’incapacité des mesures existantes à gonfler la taille de son bilan – mais cela ne signifie pas pour autant que la prochaine étape consistera à racheter des titres de dette publique. Les marchés sous-estiment les obstacles politiques et pratiques à la mise en œuvre d’un tel programme de QE souverain, mais aussi la capacité de la BCE à innover. En l’absence d’un choc économique majeur, il est plus probable que la BCE commence par intervenir sur d’autres marchés de dette privée, comme les obligations d'entreprises.

- Serait-il suffisant pour atteindre son objectif de taille de bilan?

- Un programme de rachats d’obligations d'entreprises augmenterait l’univers d’intervention de la BCE de près de 1.000 milliards d'euros (1.300 milliards de titres éligibles et non mobilisés comme collatéral, dont certains émis en devises étrangères). Si ce n’est pas suffisant et qu’un consensus émerge au sein du Conseil des gouverneurs pour prendre davantage de risque de crédit, rien n’empêche la BCE, en théorie, de racheter d’autres actifs tels que les obligations bancaires non sécurisées (2.000 milliards d'euros éligibles) voire des prêts non titrisés (plus de 1.000 milliards d'euros éligibles). La composition et le calendrier de ces programmes seront dictés par les données: une nouvelle baisse de l’inflation n’est pas exclue à court terme, ce qui forcerait la BCE à accélérer la cadence.

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