La France laisse déraper le déficit

le 11/09/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le gouvernement maintient qu'il réalisera 50 milliards d'euros d'économies d'ici 2017

Le ministre des Finances Michel Sapin. Photo Bloomberg.

La France tire un trait sur la réduction du déficit en 2014. Arguant du manque de croissance et de la faible inflation, le ministre des finances, Michel Sapin, a reconnu hier que le déficit atteindra 4,4% du PIB cette année contre 3,8% prévu dans le budget rectificatif. Le gouvernement estime qu’il ne ramènera le déficit à 3% du PIB qu’en 2017 et non pas en 2015. Il assure qu’il ne remet pas en cause le pacte de stabilité mais veut user de ses «flexibilités» au vu de la «situation exceptionnelle».

Le gouvernement a dû sérieusement corriger sa copie avant la présentation du projet de loi de Finances 2015 le 1er octobre prochain. La prévision de croissance est ramenée de 1% à 0,4% pour 2014 et de 1,7% à 1% pour 2015. La prévision d’inflation est quant à elle revue à 0,5% pour cette année (contre 1,2%) et à 0,9% en 2015 (contre 1,5%).

Qui dit moins de croissance et moins d’inflation, dit moins de recettes et moins d’économies par rapport à la tendance. Le gouvernement estime que 2 milliards d’euros d’économies ne seront pas réalisées à cause du niveau de l’inflation. Le déficit devrait augmenter de 0,3 point par rapport à celui de l’année dernière (4,1% du PIB, selon la dernière estimation de l’Insee) et devrait ensuite baisser légèrement à 4,3% du PIB en 2015.

S’il avait voulu atteindre ses objectifs, le gouvernement aurait pu augmenter les impôts ou revoir son «pacte de responsabilité» qui prévoit 40 milliards d’euros de baisse de prélèvements sur les entreprises d’ici à 2017. Michel Sapin a présenté ces options comme inacceptables. Le gouvernement compte même consacrer quelque 3 milliards d’euros à baisser les impôts des ménages en 2015. Le ministre a aussi rejeté l’idée d’augmenter le montant des économies car ce «serait préjudiciable à la croissance et risquerait de nous plonger dans l’austérité».

Le gouvernement va donc, une fois de plus, en appeler à la clémence de Bruxelles. Le nouveau commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, avait lui-même obtenu, quand il était ministre de l’Economie, un délai de deux ans pour ramener le déficit sous les 3% du PIB. Michel Sapin se défend de vouloir modifier ou suspendre les règles de contrôle budgétaire européennes. S’appuyant habilement sur les interventions du président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, il prétend juste utiliser les «flexibilités» offertes par les règles européennes, compte tenu de la situation économique «inédite».

Soucieux de donner des gages de bonne volonté à ses partenaires européens, le gouvernement assure qu’il ira jusqu’au bout de son objectif de 50 milliards d’euros d’économies prévues jusqu’à 2017, dont 21 milliards d’euros d’ici à 2015. Sans surprise, l’exécutif entend les tirer de la baisse des dépenses de l’Etat, des opérateurs, des dotations aux collectivités locales et du ralentissement des dépenses de santé. Le gouvernement promet aussi de mener des réformes structurelles. Et de citer la clarification des compétences des collectivités territoriales ou encore le prochain projet de loi de croissance censé augmenter le pouvoir d’achat.

Les partenaires de la France devraient cependant se montrer particulièrement exigeants sur les réformes structurelles, selon l’économiste de BNP Paribas CIB, Dominique Barbet. «Or, pour le moment, la France n’a pas promis beaucoup en la matière; cela devra changer», écrit-il.

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