La BCE envoie un nouveau signal fort

le 05/09/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les économistes restent néanmoins divisés sur l'éventuel lancement de rachats d'actifs souverains

Mario Draghi, président de la BCE. Photo : Union européenne 2014- EP

La BCE continue d’alimenter la soif des investisseurs. En baissant une nouvelle fois ses taux directeurs et les taux de dépôts de 10 pb chacun pour les ramener à des niveaux plancher de 0,05% et -0,20% et en annonçant le lancement d'un programme de rachats d’ABS dès octobre, l’institution a une nouvelle fois surpris les marchés qui ont vivement réagi hier. Les rendements des obligations des pays de la zone se sont ainsi écroulés sur l’ensemble de la courbe, alors que l’euro tombait sous le seuil de 1,30 contre dollar pour la première fois en un an.

Si Mario Draghi avait envoyé un signal à Jackson Hole en reconnaissant pour la première fois un décrochage des anticipations d’inflation, le consensus tablait sur un statu quo hier. Lors de la conférence de presse, il a néanmoins précisé que les taux avaient touché leur point bas. «La BCE devient ainsi la première grande banque centrale à annoncer un programme de rachats d’actifs combiné avec un taux de dépôts négatif», indique Citigroup.

La mesure prépare le lancement des TLTRO: l'injection de septembre aurait pu rencontrer une faible demande si les banques anticipaient une baisse des taux au dernier trimestre, dans la mesure où le coût est indexé au taux de refinancement de la BCE en vigueur au moment de l'opération. «La baisse des taux concédée hier devrait avoir un impact économique très limité, mais le soutien qu’elle devrait apporter à la demande pour les TLTRO ainsi que le lancement du programme de rachats d’ABS en octobre sont positifs pour l’économie de la zone dans la mesure où cela assouplit davantage le financement bancaire», estime ainsi Natixis.

Les taux à 2 ans en zone euro chutaient violemment hier, creusant ainsi l’écart avec le 2 ans américain. Le spread entre taux allemand et américain à 2 ans s’est renforcé de 18 pb depuis mi-août pour atteindre 61 pb hier. «L’Eonia pourrait tester des niveaux négatifs inférieurs à -0,1% dès la semaine prochaine», indique Frédérik Ducrozet, économiste chez CA CIB

«Ces mesures fortes ont pour objet d’ancrer encore davantage les anticipations de taux d’intérêt très bas très longtemps», ajoute Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis AM. De quoi peser sur l’euro qui chutait hier de 1,2% contre dollar pour passer sous le seuil symbolique de 1,30 et se maintenir à ce niveau. Depuis son point haut de 1,3928 atteint en mai, sa dépréciation atteint 7%, alors que la hausse de l’indice dollar DXY n’est que de 5,5%. «La BCE pourrait de plus en plus viser à affaiblir l’euro, même si elle ne compte pas l’admettre», ajoute Frédérik Ducrozet.

«L’impact économique le plus important de ces mesures devrait provenir du taux de change. La hausse significative du bilan de la BCE pèsera davantage sur l’euro, ce qui permettra de doper les exportations de la zone et de soutenir le faible taux d’inflation», estime Natixis. Pour l’heure, les projections de croissance et d’inflation en zone euro n’ont été que marginalement révisées à la baisse par la BCE, à 0,9% en 2014 et 1,6% en 2015 pour la première, et 0,6% en 2014 et 1,1% en 2015 pour la seconde. D'après les estimations de la BCE, une baisse de l’euro de 7% entrainerait une hausse de l’inflation d’environ 0,30 point.

Dans ce contexte, les économistes restent divisés sur la probabilité d’un éventuel lancement prochain d’un programme de rachats de dettes souveraines (QE). D’autant que la décision d’hier n’a pas été prise à l’unanimité, suggérant une fracture au sein des membres du Conseil des gouverneurs.

Mario Draghi, président de la BCE. Photo : Union européenne 2014- EP
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Mario Draghi, président de la BCE. Photo : Union européenne 2014- EP

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