La désinflation met la BCE sous pression

le 01/09/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La quasi stabilité des prix et le discours de Jackson Hole ont augmenté les attentes du marché

Alors que le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) se réunit ce jeudi, le panel Taux s’attend à ce que l’institution laisse son taux de refinancement inchangé à 0,15%. Le recul du taux d’inflation annuel en zone euro au mois d’août, à 0,3% contre 0,4% le mois précédent, fait cependant dire à certains économistes que la banque centrale devrait annoncer une nouvelle baisse de taux ou le lancement d’un programme d’achat de titrisations.

La faiblesse de l’inflation a été principalement tirée à la baisse par les prix de l’énergie. L’inflation, hors prix de l’énergie, de l’alimentation et du tabac, s’établit ainsi à 0,9% en août contre 0,8% en juillet, selon l’estimation rapide publiée par Eurostat vendredi. «Avec une inflation qui se rapproche de zéro, le coussin de sécurité contre la déflation devient de plus en plus fin», prévient cependant l’économiste d’ING, Martin van Vliet. A ses yeux, la BCE est de plus en plus incitée à considérer un «stimulus monétaire» supplémentaire.

«Le discours du président de la BCE, Mario Draghi à Jackson Hole la semaine dernière a attisé les attentes d’une action supplémentaire de la BCE. Si rien n’était annoncé, cela pourrait donc être une déception majeure», écrit Ken Wattret, économiste de BNP Paribas. Lors du colloque réunissant les banquiers centraux et des économistes aux Etats-Unis, Mario Draghi a souligné que les anticipations d’inflation avaient décroché en août. Il s’est également prononcé en faveur de politiques budgétaires plus favorables à la croissance.

Plusieurs économistes s’attendent à ce que la BCE annonce, outre une révision à la baisse de ses prévisions économiques, une nouvelle baisse de taux de 10 à 15 points de base. «Premièrement, une baisse de taux pourrait faire baisser les taux et la monnaie, au moins un peu. Deuxièmement, cela devrait augmenter la demande pour les TLTRO [opérations de refinancement ciblées, ndlr]», assure Richard Barwell, économiste chez RBS. La première des TLTRO –opérations de financement à long terme censées encourager le financement de l’économie réelle– sera lancée le 18 septembre. Certains avancent que la BCE pourrait abaisser le coût auquel les banques pourront se refinancer lors de ces opérations plutôt que toucher aux taux.

D’autres assurent que la BCE pourrait annoncer le lancement d’un programme d’achat de titrisations (ABS) dès la semaine prochaine. «Après avoir remis en question la stabilité des anticipations d’inflation, il serait très difficile pour la BCE d’assurer de façon crédible le 4 septembre que ces anticipations "restent bien ancrées", sauf si elle annonce une nouvelle politique pour les ancrer», défend l’économiste de Deutsche Bank, Gilles Moec. La BCE a déjà indiqué qu’elle travaillait sur l’opportunité d’un tel programme et a embauché Blackrock pour la conseiller.

La probabilité du lancement d’un programme d’assouplissement quantitatif (QE) demeure très débattue. «Les obstacles juridiques, pratiques et politiques restent considérables», souligne Frederik Ducrozet, économiste chez Crédit Agricole CIB. Sur le fond, il fait valoir que les taux souverains sont déjà très bas en Europe et qu’un QE y serait moins efficace qu’aux Etats-Unis du fait de la plus grande dépendance de l’économie européenne au système bancaire. «Le marché sous-estime la probabilité d’un QE», prévient cependant l’économiste de Citi, Guillaume Menuet.

Le siège de la BCE à Francfort - Photo DR
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