La BCE devrait passer à l’acte en juin

le 15/05/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Une déception pourrait entraîner une correction violente sur les rendements et sur l'euro

Un nouvel assouplissement de la Banque centrale européenne dès sa prochaine réunion du mois de juin gagne en probabilité. Le fait que la Bundesbank elle-même semble prête à se rallier à une telle décision a fait vivement réagir les marchés de taux et de change. Peter Praet, l’un des membres du Conseil des gouverneurs, a même confirmé les desseins de la BCE. «Nous préparons un certain nombre de choses», a-t-il expliqué au journal Die Zeit en évoquant une baisse des taux, des taux de dépôts négatifs, et «des prêts de long terme aux banques, probablement sous conditions».

A la suite de nombreuses rumeurs, Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, a confirmé hier que «s'il y a besoin d'agir en matière de politique monétaire, alors la Bundesbank est aussi prête.» Autre membre de la BCE, Yves Mersch, a précisé hier que Mario Draghi, en indiquant lors de sa dernière intervention que «toutes les mesures» étaient à l’étude, «a seulement dit, à sa manière, ce que Jean-Claude Trichet appelait “forte vigilance“». Un terme que son prédécesseur utilisait pour signaler son intention d’agir à sa prochaine réunion. Le «never precommit» est mort, a même plaisanté Mario Draghi.

Dans ce contexte, «il n’y a plus vraiment de doute sur le fait que la BCE va agir en juin», estime Frédérik Ducrozet, économiste chez CA CIB. Seule l’ampleur des mesures retenues suscite encore débat. Peter Praet a évoqué la possibilité d’une première salve de mesures dès juin sur les taux, ainsi qu’un nouveau LTRO sous conditions. Il a néanmoins ajouté que la BCE n’aura recours à un programme de rachats de dettes souveraines (QE) «que si l’évolution de l’économie et de l’inflation se révèle nettement plus faible qu’attendu». Une option nettement écartée par Jens Weidmann.

Des sources citées par Reuters donnent davantage de précisions avec une baisse possible du taux de refinancement de 10 à 20 points de base et des mesures ciblant les prêts aux PME, soit sous forme de LTRO soit par des rachats d’ABS. Elles estiment également prématuré un quantitative easing (QE). «Certains investisseurs semblent aller trop loin en attendant un QE qui ne semble pas être adapté à la situation de la zone euro, qui a plus besoin de mesures d’assouplissement du crédit ciblées à l’économie réelle. Les rendements étant déjà faibles», estime RBS.

A ce stade, CA CIB se montre prudent en tablant en juin sur «une baisse minimum de 10 pb du taux de refinancement et une prolongation du régime d’appels d’offres illimités jusqu’en 2016 visant à renforcer le guidage des anticipations endécouplantdavantage la politique monétaire de la BCE de celle de la Fed». Une prévision faite aussi par Natixis qui y ajoute une possible baisse du taux de dépôt en territoire négatif. Des mesures indirectes de soutien au crédit étant prévues plus tard dans l’année.

Dans ce contexte, «si la BCE ne fait rien alors que le marché anticipe une baisse des taux au minima et même un geste supplémentaire (liquidité ou QE partiel), le résultat risque d’être violent, à la fois sur les différentes classes d’actifs (hausse des taux cœur et non cœur, hausse de l’euro) mais aussi sur sa crédibilité», alerte Natixis. L’euro est revenu sous le seuil de 1,37 contre dollar en séance mardi, contre un plus haut de 1,393 il y a encore une semaine. Parallèlement, la baisse des rendements s'est poursuivie, avec un Bund allemand à 1,37% et une OAT française à 1,81%. L’Eonia est même venu fixer sous le taux de refinancement, à 19,1 pb.

La BCE à Francfort - Photo Bloomberg
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La BCE à Francfort - Photo Bloomberg

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