Le déficit met Paris sur la défensive à Bruxelles

le 06/05/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La France, montrée du doigt pour sa politique budgétaire, se retrouve isolée dans sa croisade contre l’euro fort

Le commissaire européen Siim Kallas n’a pas voulu hausser le ton lundi au sujet du déficit français. Mais il a tenu à dire sa défiance, dans l’attente de précisions sur les 50 milliards d’économies du Pacte de compétitivité, lors de la présentation des prévisions économiques. Arrivé lundi à l’Eurogroupe avec l’ambition de faire avancer les discussions sur la politique de change, Michel Sapin s’est dit, lui, confiant que «les uns et les autres se rejoignent sur le chiffre de 3%» de déficit en 2015.

«Nous avons bien pris note de l’engagement du gouvernement… Mais c’est notre rôle de maintenir la fiabilité du système de la zone euro… Il doit être fort et le fait de garder les déficits sous contrôle est un élément important à cet égard», a déclaré hier Siim Kallas qui a repris le portefeuille économique de la Commission à la suite du congé d’Olli Rehn pour cause d’élections européennes.

En revoyant à la baisse les hypothèses de croissance, Bruxelles a accru la pression sur la France. Mais «la Commission n’a pas encore pu prendre en compte toutes les mesures proposées», a reconnu le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem après la réunion. Le programme français de réforme sera officiellement communiqué mercredi à la Commission qui rendra son avis le 2 juin.

«Je n’ai vu aucun de mes partenaires faire de gros yeux, plutôt des yeux doux», a assuré le ministre français après la réunion de l’Eurogroupe auquel il participait pour la première fois depuis son retour à Bercy. Mais Paris se retrouve de facto pointé du doigt par les pays créanciers, alors même que le front de pays du Sud constitué par le président François Hollande après 2012 pour demander un assouplissement de la consolidation budgétaire se fissure. Après l’Irlande et l’Espagne, le Portugal a décidé de sortir de son programme.

Par ailleurs les performances à l’exportation du Sud de l’Europe s’améliorent grâce aux politiques de dévaluation interne, sans que les performances du Nord se détériorent. «La réalité c’est qu’il y a des raisons objectives à l’appréciation de l’euro, car la zone, dans son ensemble, est équilibrée», explique un diplomate. La France est la seule économie importante de la zone euro pour laquelle la Commission prévoit un déficit persistant de la balance des paiements (autour de -2% en 2014 et 2015), alors que les excédents allemand et néerlandais devraient atteindre des sommets (respectivement plus de 7% et 8%).

Berlin et La Haye s’opposent à ce qu’ils considèrent comme une entrave à l’indépendance de la BCE. Paris espère que la BCE prendra l’initiative. «La valeur de l’euro est pour quelque chose dans l’inflation trop faible» qui «ne facilite pas les choses», a estimé Michel Sapin. Mais sauf à ce que la monnaie européenne continue à s’apprécier, il n’y a «pas d’espace pour une action pratique», indiquait hier une source européenne haut placée. 

Une politique de change plus active n’est par ailleurs pas sans risques. «Il ne faut pas tenir les excellentes conditions de marché pour garanties. Ceux qui critiquent l’euro fort devraient voir également qu’en cas de baisse les capitaux risquent de quitter la périphérie de la zone. Il peut y avoir un retournement du marché», a ajouté cette source.

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