La dette grecque séduit les marchés

le 11/04/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La première émission du pays depuis quatre ans a été souscrite pour un tiers par des hedge funds

La fragilité de l’économie grecque n’a pas dissuadé les investisseurs d’acheter les titres d’Etat à moyen terme que le pays plaçait pour la première fois depuis quatre années. La Grèce a ainsi réussi à lever hier 3 milliards d’euros de titres à cinq ans, à un taux de rendement de 4,95%. La demande exprimée par 600 investisseurs a représenté quelque 20 milliards d’euros. Selon nos informations, les gestionnaires d'actifs ont acheté la moitié des obligations, les hedge funds un tiers, les banques 14% et les assureurs 4%.

Près de la moitié des titres a été souscrite par des investisseurs britanniques et 31% par des investisseurs européens (hors Grande-Bretagne). La dernière émission à 5 ans de la Grèce, en mars 2010, avait été placée à 6%.

Cet appétit pour la signature d’un pays dont la dette a été restructurée en 2012 et qui a déjà fait l’objet de deux plans de sauvetage peut surprendre. La part des hedge funds souligne son caractère spéculatif. «La nouvelle obligation grecque à cinq ans offre le plus haut rendement au sein des pays périphériques. Comparée aux pays comme le Portugal ou Chypre, la Grèce apparaît plus ou moins aussi risquée mais elle offre un meilleur rendement», argue Jesus Castillo, chez Natixis. Hier, les titres à 5 ans du Portugal se traitaient à 2,5%. Alors qu’il avoisinait encore les 30% en 2011 et 2012, le rendement des titres grecs à 10 ans était de 5,8%, contre 3,1% pour ceux de l’Espagne et de l’Italie et 3,8% pour ceux du Portugal.

Aux yeux de Jesus Castillo, «le scénario le plus probable à partir d’aujourd’hui est celui d’une amélioration de la situation» économique, ce qui devrait éviter à la Grèce d’avoir une nouvelle fois recours à l’aide de l'Europe et du Fonds monétaire international (FMI). Le PIB grec devrait croître de 0,6% du PIB en 2014 et de 2,9% l’année suivante, selon la Commission européenne. La Grèce a dégagé un excédent primaire en 2013. Son déficit est censé atteindre 2,2% cette année et 1% en 2015.

«Les nouvelles obligations apparaissent beaucoup moins risquées que les anciennes», ajoute encore Jesus Castillo. Certes, la dette grecque équivaut aujourd’hui à 176% du PIB mais la part qui est aux mains du secteur privé ne représente que 28% du PIB, selon ses calculs, puisque l’essentiel reste détenu par les institutions internationales.

«Les risques sur les obligations privées qui ont fait l’objet du PSI (restructuration) restent faibles à nos yeux aussi longtemps que la Grèce continue de coopérer avec ses créanciers européens», ajoute Giada Giani chez Citi. L’économiste précise que la maturité résiduelle moyenne de la dette grecque est longue (elle était à 16 ans à la fin du mois de 2013) et qu’au-delà de 2016, les besoins de financement sont «assez limités», à environ 3% du PIB par an entre 2016 et 2020. Détail important, les nouveaux titres sont régis par le droit britannique, plus favorable aux créanciers.

Même si la dette grecque est aujourd’hui notée B- par Standard and Poor’s et Fitch, Moody’s la met toujours dans la catégorie Caa3. «Est-ce qu’un pays capable de lever 3 milliards d’euros à moins de 5% peut vraiment être un cran au-dessus du défaut ?», s’interrogent les analystes de RBS. «Nous ne nous attendons pas à des notes en catégorie d’investissement cette année mais leur convergence vers la catégorie BB est possible dans les prochains mois», écrivent-ils. Même s’ils considèrent que la Grèce devrait retourner sur les marchés cette année, cela ne devrait pas l'empêcher de bénéficier d'un troisième plan d’aide.

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