La BCE entretient l'espoir d'un «QE»

le 04/04/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Face à la désinflation, ses gouverneurs ont discuté de cette possibilité pour la première fois hier

Comme prévu par le marché, la Banque centrale européenne (BCE) a laissé ses taux inchangés hier. Lors de sa conférence, son président, Mario Draghi, s’est toutefois dit plus prêt que jamais à utiliser tous les outils qui pourraient permettre de prévenir les risques liés à la désinflation dans la zone euro. Le Conseil des gouverneurs a même longuement discuté de l’opportunité d’un programme d’assouplissement quantitatif (QE). Plusieurs économistes attendent au moins une baisse des taux en juin.

Le discours de la BCE est devenu résolument accommodant alors que la faiblesse de l’inflation, qui était à 0,5% sur un an dans la zone euro au mois de mars, a surpris plus d’un économiste et alimenté les craintes de déflation. Cette baisse s’explique au moins en partie par des facteurs temporaires et Mario Draghi a assuré que les risques de déflation n’avaient pas augmenté.

Cependant, le conseil des gouverneurs s’est «unanimement engagé à utiliser des instruments non conventionnels dans la limite de son mandat de manière à faire face de manière efficace aux risques d’une période d’inflation trop prolongée». Pour la première fois, les banquiers centraux se sont même penchés sur le lancement d’un QE via l'achat de titres souverains ou d'actifs privés.

Le conseil a également débattu de l’opportunité de baisser les taux, de resserrer le corridor, de prolonger les opérations d’allocation de liquidité en quantité illimitée et à taux fixe au-delà de la mi-2015, de stopper la stérilisation du programme d’achat de dette (SMP) et de lancer un nouveau prêt à long terme (LTRO). Mario Draghi a cependant souligné que la réduction de la liquidité excédentaire n’avait pas eu d’impact sur les taux monétaires.

Les taux de tous les titres d’Etats européens à 10 ans se détendaient après ces annonces. Ceux des obligations italiennes et espagnoles étaient respectivement à 3,25 et 3,21%. L’euro perdait aussi un tout petit peu de sa force face au dollar à 1,370 contre 1,377 en début de journée. Mario Draghi a déclaré que le taux de change était «un facteur de plus en plus important dans l’analyse de la stabilité des prix» même si ce n’était pas un objectif en soi.

«La BCE semble de plus en plus consciente que sa politique d’orientation des anticipations sur les taux pourrait perdre de sa crédibilité si de nouvelles mauvaises surprises sur l’inflation ne se traduisaient pas par des actions concrètes», analyse Marco Valli, économiste chez UniCredit. «Il n’est pas certain que le Conseil agira à l’avenir étant donné que l’inflation devrait rebondir et la reprise gagner du terrain», estime au contraire Richard Barwell, chez RBS.

«Nous pensons qu’il peut encore y avoir une (petite et dernière) baisse de taux en juin», écrit Frederik Ducrozet, économiste chez Crédit Agricole CIB. D’ici au début de l’été, la BCE aura pu déterminer si la chute de l’inflation est seulement due à des facteurs non récurrents. L’économiste de Citi, Guillaume Menuet, parie aussi sur un taux de dépôt négatif (à -0,1%) en juin. «La marche à franchir avant le lancement d’un QE est très haute», écrit-t-il.

Mario Draghi a souligné que l’économie européenne dépend beaucoup plus des banques que du marché des capitaux, ce qui réduirait l’intérêt d’un QE à l’américaine.

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