La désinflation met la BCE sous pression

le 01/04/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Selon Eurostat, l'inflation est tombée en mars au plus bas niveau atteint depuis la fin de 2009

L’inflation dans la zone euro est ressortie plus basse que prévu, à 0,5% sur un an en mars, contre 0,7% au mois de février. Illustration L’Agefi

L’inflation dans la zone euro est ressortie encore plus basse que prévu, à 0,5% sur un an en mars, contre 0,7% au mois de février. Même si cette chute pourrait s’expliquer par des facteurs temporaires tels que la douceur de l’hiver ou la date du week-end de Pâques en 2013, la Banque centrale européenne (BCE), dont les gouverneurs se réunissent jeudi pour leur annonce mensuelle sur les taux, est de nouveau sous pression pour dissiper les craintes de déflation. Une baisse des taux n’est pas immédiatement attendue.

Après la publication des chiffres de l’inflation en Allemagne et en Espagne, les économistes prévoyaient que la hausse des prix serait plus contenue en mars qu’en février (le consensus tablait sur 0,6%) mais pas qu'elle tomberait au niveau le plus bas enregistré depuis novembre 2009.

L’inflation hors prix de l’énergie, de l’alimentation, de l’alcool et du tabac est passée de 1% à 0,8% entre février et mars. Ce recul pourrait s’expliquer par la date du week-end de Pâques. Contrairement à cette année, la fête qui tire à la hausse les prix, notamment ceux des transports de vacanciers, est tombée au mois de mars en 2013. L’inflation pour le poste alimentation, boissons alcoolisées et tabac, est de son côté passée de 1,5% en février à 1% en mars. La douceur relative de l’hiver aurait pu tirer à la baisse les prix des produits frais, avancent plusieurs économistes. A leurs yeux, l’inflation devrait donc se redresser en avril, d’autant qu’un effet de base devrait faire progresser les prix de l’énergie.

«Le risque de déflation nous paraît toujours limité», estime Martin Van Vliet, économiste chez ING. «Etant donné le poids des facteurs temporaires dans la détermination du chiffre d’inflation, une réponse de la BCE ce jeudi nous paraît peu probable», juge de son côté l’économiste d’Unicredit, Marco Valli.

En mars, la BCE a laissé son taux directeur inchangé, à 0,25%. Tout en précisant que l’institution conserverait une politique très accommodante encore longtemps compte tenu du niveau des capacités de production inutilisées, son président, Mario Draghi, avait souligné qu’une reprise modeste était en route. Les indices PMI publiés par Markit depuis semblent confirmer cette tendance.

Mario Draghi avait aussi affirmé que les anticipations d’inflation restaient ancrées. Les prévisions publiées en mars tablaient sur une inflation annuelle à 1% en 2014, 1,3% en 2015 et 1,5% en 2016. Cependant, les chiffres d’hier «mettent en évidence le risque que l’inflation reste exceptionnellement basse plus longtemps que ne l’assurent les prévisions de la BCE», écrivent les économistes de BNP Paribas CIB. A leurs yeux, cela «plaide pour davantage d’assouplissement monétaire».

Selon l’économiste de Citi, Guillaume Menuet, la BCE pourrait attendre que les effets temporaires pesant sur l’inflation soient dissipés et que soit publié le sondage sur l’inflation des professionnels de la BCE mi-mai pour baisser les taux en juin. Aux dires des économistes de Natixis, la BCE pourrait favoriser dans l’immédiat des mesures telles que la fin de la stérilisation du programme d'achat SMP (dont l’utilité avait été relativisée par Mario Draghi en mars), la publication de minutes ou la fourniture de liquidité en quantités illimitées à taux fixe au-delà de la mi-2015.

L’inflation dans la zone euro est ressortie plus basse que prévu, à 0,5% sur un an en mars, contre 0,7% au mois de février. Illustration L’Agefi
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L’inflation dans la zone euro est ressortie plus basse que prévu, à 0,5% sur un an en mars, contre 0,7% au mois de février. Illustration L’Agefi

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