La baisse des taux longs européens s'amplifie

le 31/03/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les anticipations d'un QE à l'européenne nourrissent le mouvement de détente

La baisse des rendements se poursuit en zone euro, et notamment en France et en Allemagne. Illustration L’Agefi.

Si la BCE ne jouit pas de la satisfaction de voir l'euro baisser significativement à la suite de la salve de propos accommodants répandus la semaine dernière par plusieurs de ses membres, elle a néanmoins pu constater la poursuite de la baisse des rendements de l'ensemble des pays de la zone, et notamment en France et en Allemagne. Une détente qui traduit les attentes de voir la BCE passer des paroles aux actes. Sa prochaine réunion mensuelle se tiendra jeudi dans un contexte de poursuite des tensions désinflationnistes.

Les rendements allemand et français à 10 ans se sont détendus de 11 et 14 pb la semaine dernière, et de 52 et 38 pb depuis début janvier. Ils sont ainsi revenus à leurs niveaux de l’été 2013, avec une compression du spread OAT - Bund de 14 pb depuis le début de l’année, à 52 pb. Une détente du Bund qui paraît néanmoins fragile «au regard de la qualité de crédit allemande ou des performances affichées par les Treasuries ou les Gilts en début d’année», estime Natixis.

Parallèlement, les dettes périphériques ont continué de surperformer leurs homologues des pays cœur. Avec 68 et 65 pb de baisse depuis janvier, les taux espagnols et italiens à 10 ans sont passés sous les 4% pour revenir sur leurs niveaux d’octobre 2005. Avec des chutes de 148 et 153 pb, les taux grecs et portugais sont quant à eux au plus bas depuis mars 2010.

«Les investisseurs anticipent clairement un QE à l’européenne après les déclarations du président de la Bundesbank réputé inflexible sur ces sujets», explique Aurel BGC. Des anticipations renforcées par le recul de 0,2 point de l’inflation allemande calculée sur six Etats fédéraux du pays, à 1,2% en mars, et par l’entrée officielle des prix à la consommation espagnols en zone de contraction, à -0,2%. BNP Paribas table sur un ralentissement de l’inflation globale en Allemagne à 1%, et sur une inflation espagnole qui restera négative dans les prochains mois.

Ces niveaux pénalisent les taux réels, désormais supérieurs à 4% en Espagne. L’inflation en zone euro pourrait quant à elle chuter de 0,7% en février à 0,5% en mars, selon SG CIB. Une baisse certes due à des effets de base défavorables temporaires mais qui laissent peu de place face à d’éventuels chocs. «Il ne s’agit pas d’une déflation profonde, mais plutôt d’une situation proche de la déflation, ou au bord de la déflation», estime ainsi Natixis.

Dans ce contexte, «sans une sérieuse entrée en action de la BCE, les Bunds ne devraient pas totalement résister au mouvement de vente sur les Treasuries», alerte SG CIB. Et les chiffres d’inflation en zone euro publiés aujourd’hui «pourraient faire pencher la balance au sein du Conseil des gouverneurs qui ne semble pas encore avoir pris sa décision», ajoute ING.

Les seules alertes verbales de banquiers centraux n’ont, pour leur part, pas réussi à faire plier l’euro, qui reste au-dessus de 1,37 contre dollar, pénalisé notamment par l’excédent de la balance courante de la zone. Face aux conséquences néfastes qu’il exerce sur l'inflation, la baisse du taux de dépôt en territoire négatif, évoquée par Jens Weidmann, et/ou une baisse des taux directeurs à 0,10% est le scénario privilégié par les économistes en cas d’action surprise. «Seule une baisse du taux de dépôt en territoire négatif pourrait peser sur l’euro via la réduction des flux de capitaux entrants», explique Natixis.

La baisse des rendements se poursuit en zone euro, et notamment en France et en Allemagne. Illustration L’Agefi.
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La baisse des rendements se poursuit en zone euro, et notamment en France et en Allemagne. Illustration L’Agefi.

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