Washington vise le secteur bancaire russe

le 24/03/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les sanctions infligées à Bank Rossiya pour ses liens avec Vladimir Poutine font déjà effet

Les Etats-Unis ont élargi leurs sanctions au secteur bancaire, et la banque centrale russe se dit prête à intervenir pour le soutenir. Photo Bloomberg

La tension est encore montée d’un cran dans la crise ukrainienne. En réponse à l’annexion de la Crimée, ratifiée vendredi par les autorités russes, l’Union européenne a signé le volet politique de son accord d’association avec l’Ukraine, tandis que les Etats-Unis ont élargi leurs sanctions au secteur bancaire. Cette crispation a poussé les agences de notation S&P et Fitch à réviser leur perspective sur la dette souveraine russe à «négative». L’inquiétude a également gagné les investisseurs sur les marchés boursiers et obligataires russes.

Si les responsables européens ont ajouté douze personnes à la liste des Russes et Ukrainiens concernés par un gel des avoirs et une interdiction de voyager, leurs homologues américains en ont ciblé vingt. Le bureau du contrôle des actifs étrangers (Ofac) a également pris une mesure de rétorsion frontale en visant Bank Rossiya, un établissement bancaire basé à Saint-Petersbourg.

Raison invoquée par Washington : «Bank Rossiya est l’établissement personnel de plusieurs hauts responsables de la Fédération de Russie. Ses actionnaires incluent des membres du cercle restreint de Vladimir Poutine». Parmi eux figurent notamment Gennadi Timtchenko, l’un des fondateurs du géant du négoce des matières premières Gunvore, qui figure à titre individuel sur la «liste noire» de Washington.

Avec un sens consommé de l’ironie, le président russe a rétorqué, selon l’agence Interfax, qu’il ne détenait pas de compte chez Bank Rossiya mais qu’il comptait certainement en ouvrir un dès aujourd’hui. Figurant au 17e rang domestique en termes d’actifs, l'établissement est le partenaire privilégié du secteur russe de l’énergie. La banque centrale russe a voulu dédramatiser la portée de cette sanction américaine en assurant que Bank Rossiya remplissait ses obligations et qu’elle se tenait prête, le cas échéant, à intervenir pour soutenir la banque, ses déposants et ses créanciers.

Côté russe, les sanctions occidentales ont déjà poussé des sociétés à rapatrier des liquidités situées à l’étranger, dans la crainte d’un possible gel des avoirs, a noté la filiale russe de la banque autrichienne Raiffeisen. Elles ont également conduit Visa et MasterCard à cesser de traiter les transactions pour le compte de Bank Rossiya et de sa filiale Sobinbank. Le ministre russe des Finances Anton Siluanov a estimé pour sa part que les sanctions pourraient avoir un impact négatif sur les titres boursiers russes et augmenter les coûts de financement. Moscou, qui dispose de confortables réserves de change,  envisage même d’annuler les emprunts en devises étrangères prévus cette année.

Sur les traces de S&P, Fitch a abaissé à «négative» la perspective attachée à la note de crédit du souverain. «Les banques américaines et européennes, ainsi que les investisseurs, pourraient être réticents à prêter à la Russie dans les circonstances actuelles», a pointé l’agence de notation.

L’indice boursier moscovite Micex a clôturé la séance sur un repli de 1% à 1.307 points. Cette détérioration du sentiment des investisseurs pourrait se matérialiser rapidement au niveau des flux. Selon Sylwia Hubar, économiste de Natixis pour l’Europe centrale et orientale, les sorties de capitaux depuis la Russie pourraient atteindre 50 à 70 milliards de dollars au premier trimestre 2014, comparé à 63 milliards en 2013.

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