La Fed presse le pas vers la hausse des taux

le 20/03/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le resserrement monétaire pourrait débuter selon Janet Yellen six mois après la fin du QE3

Janet Yellen, présidente de la Fed. Photo Bloomberg.

«J’ai de la chance» d’être déjà expérimentée en termes de politique monétaire, «parce que c’est compliqué», a reconnu hier la nouvelle présidente de la Réserve fédérale américaine Janet Yellen à l’occasion de la conférence de presse suivant le tout premier comité de politique monétaire qu’elle présidait. De fait, si le communiqué du FOMC a répondu aux attentes, passant par l’ajustement de la forward guidance et la poursuite de la baisse des rachats d’actifs, Janet Yellen a par la suite précisé ses prévisions.

Les commentaires de la présidente de la Fed ont surtout laissé penser à un calendrier de remontée des taux d’intérêt plus rapide que prévu, et qui pourrait être engagé six mois - un délai mentionné comme possible par Janet Yellen en conférence de presse - après la fin du programme massif de rachat d’actifs actuellement en cours de réduction. De quoi amorcer un net repli des cours à Wall Street ainsi qu’une vive tension des rendements des obligations du Trésor américain.

Comme prévu, la Fed a décidé hier d’abaisser à nouveau le rythme de rachats d’actifs mensuels de 10 milliards de dollars, pour le porter à 55 milliards (30 milliards d’obligations du Trésor et 25 milliards d’obligations adossées à des créances hypothécaires (MBS). Contre 85 milliards lors du lancement de ce QE3 en septembre 2012. Si le mouvement suit son cours, la Fed évoquant la poursuite d’un «rythme mesuré» si les conditions économiques continuent à s’améliorer, le programme sera réduit à néant à l’automne. D’où des attentes désormais centrées sur le deuxième trimestre 2015 pour un début de relèvement des taux. Ces derniers pourraient tout de même selon Janet Yellen rester en deçà de niveaux jugés «normaux» jusqu’à fin 2016. La Fed a pourtant hier abaissé la fourchette de ses prévisions de croissance économique, misant sur une hausse du PIB cette année de 2,8 à 3,0%, contre une fourchette de 2,8 à 3,2% mise en avant en décembre, suivie d’une croissance de 3,0 à 3,2% en 2015 contre 3,0 à 3,4% précédemment. Pour autant, la banque centrale souligne que les récents signes de fébrilité de l’économie sont en partie imputables à la vague de froid ayant paralysé le pays cet hiver.

Et pour juger de la capacité de l’économie à affronter une remontée de ses taux directeurs, le FOMC a annoncé l’abandon du seul taux de chômage. La Fed étudiera désormais toute une série d’indicateurs sur l’état de santé économique, privilégiant ainsi une approche bien plus qualitative. Cet abandon était largement anticipé. En effet, la Fed insistait sur le fait qu’elle ne commencerait pas à envisager un resserrement monétaire avant que le taux de chômage ne passe à la baisse le seuil des 6,5%. Or, il est déjà descendu à 6,7%, la Fed expliquant désormais que cet indicateur seul ne peut être pertinent. Et dans ses prévisions chiffrées actualisées, la banque centrale table sur un chômage de 6,1 à 6,3% cette année et de 5,6 à 5,9% en 2015.

Se plaçant sur le chemin ouvert à la tête de la Fed par son prédécesseur Ben Bernanke, Janet Yellen a assuré que son but restait «de faire des progrès rapides (…) pour mettre la reprise économique sur les rails, redonner du travail aux Américains et faire remonter l’inflation au niveau de 2%». «Il faut encore agir et j'ai une longue liste de choses à faire» a conclu la nouvelle présidente de la banque centrale américaine.

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