Le marché craint une escalade en Ukraine

le 04/03/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Si le risque ukrainien apparaît circonscrit, une extension de la crise à la Russie aurait de toutes autres conséquences

La crise entre la Russie et l’Ukraine a fait plonger les marchés. «L'impact économique considéré du point de vue étroit de la zone euro devrait être relativement limité», assure Mario Draghi, président de la BCE. Photo Bloomberg.

L’escalade des tensions entre la Russie et l’Ukraine a un effet radical sur les marchés. En vedette, les valeurs refuges traditionnelles – emprunts d’Etat allemands, or, franc suisse et yen – ont bénéficié d’un mouvement de fuite vers la qualité, tandis que les actifs à risque, comme les actions, ont souffert. Les actifs russes et les valeurs bancaires les plus exposées au pays, à l’image de la Société Générale (-5,4%), ont été particulièrement visés. L’incertitude devrait perdurer tant que le risque d’un conflit armé n’est pas exclu.

Auditionné hier par le Parlement européen, Mario Draghi a bien résumé la situation. «Au bout du compte, l'impact économique considéré du point de vue étroit de la zone euro devrait être relativement limité, a indiqué le président de la BCE. Toutefois, la dimension géopolitique de cette situation est complètement différente de ce que nous avons observé lors des récentes retombées des marchés émergents ou des décisions de politique monétaires prises par d'autres pays».

Abstraction faite du pire des scénarios – une guerre auquel les investisseurs ne veulent pas croire – les canaux de transmission du risque ukrainien sont connus. La Pologne est la plus exposée avec 8,6% de ses exportations dirigées vers l’Ukraine (3,3%) et la Russie (5,3%), suivie de la Turquie (6,3%), de la Hongrie (5,6%) et de la Roumanie (5,1%), rappelle Alberto Gallo, chez RBS. Le zloty a abandonné hier 1,7% face au dollar et 1,4% face à l’euro.

L’exposition des banques étrangères apparaît, elle, relativement limitée, à quelques exceptions près. Celle des banques russes est estimée à 28 milliards de dollars. «Le gros est le fait de banques publiques et paraît gérable», estime Michala Marcussen, responsable de la recherche économique de SG CIB. Suivent les banques autrichiennes, avec environ 10 milliards de dollars. Cela a suffi à faire dévisser de 9,56% le cours de Raiffeisen, première concernée au travers de sa filiale Aval, quatrième banque d’Ukraine, qui affiche 3,6 milliards d’euros de prêts (2,7% du total de bilan du groupe) et détient 500 millions d’emprunts d’Etat. UniCredit, qui contrôle la cinquième banque avec 2,3 milliards de prêts et 220 millions de dette ukrainienne, a brûlé pour sa part 2 milliards d’euros de capitalisation boursière hier.

La crise politique complique enfin la mise en œuvre d’un plan de sauvetage de l’Ukraine afin d’éviter un défaut du souverain qui aurait des répercussions sur l’ensemble de la sphère émergente. La mission du FMI débute aujourd’hui ses travaux à Kiev.

Une aggravation de la situation en Russie ou des sanctions à l’égard du pays auraient d’autres conséquences. «Un embargo sur la Russie constituerait un risque majeur pour l’économie mondiale, rappellent les économistes de Natixis. Par ses exportations de pétrole brut, gaz et produits raffinés du pétrole principalement (61% de ses exportations de biens), la Russie sert 2,8% du commerce mondial, soit autant que le Brésil et l’Inde ensemble. Son premier partenaire commercial est l’Allemagne», qui représente 17% des importations du pays. La progression probable du cours du baril, qui a réagi hier par une hausse du Brent de 2,7 dollars à 111,80 dollars, ferait aussi sentir ses effets sur de nombreuses économies.

Le niveau d’exposition du secteur financier en Russie n’a rien à voir non plus avec l’Ukraine: 136 milliards de dollars pour les banques européennes au troisième trimestre, selon la Banque des règlements internationaux. D’où la réaction à l’égard de la Société Générale hier.

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