Le sauvetage financier de l’Ukraine s’organise

le 25/02/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'hypothèse d'un plan de soutien détend les rendements de la dette en dollar. La devise poursuit sa chute

La banque centrale ukrainienne ne pourra à la fois servir la dette extérieure et soutenir la hryvnia, en chute libre. Photo Bloomberg.

Youri Kolobov est l’un des rares membres du gouvernement ukrainien encore en place après la débâcle du week-end. Le ministre des Finances a indiqué hier que le pays aura besoin de 35 milliards de dollars d’aide financière en 2014 et 2015. Alors que la situation politique reste toujours confuse en Ukraine, où la Russie dénonce «un coup de force» occidental, le gouvernement par intérim s’active pour mettre sur pied un sauvetage financier. Une perspective qui a bénéficié hier à la dette ukrainienne en dollar.

Kiev a demandé hier l’organisation d’une conférence des donateurs. Mais pour l’heure, la Commission européenne dit simplement «travailler à un soutien à court, moyen et long terme». La Banque européenne de reconstruction et de développement (Berd) se concerte avec d’autres institutions internationales, tandis que le FMI s’est dit prêt, par la voix de sa directrice générale Christine Lagarde, à apporter une aide économique.

Le 21 février, en dégradant la note de l’Ukraine, S&P estimait le coût du service de la dette libellée en dollar pour le pays et pour l’entreprise publique Naftogaz à 13 milliards de dollars en 2014. Cette année, le Trésor ukrainien doit rembourser 7,4 milliards de dollars, dont 3 milliards de concours du FMI, un milliard d’obligations en juin et 1,6 milliard d’eurobonds Naftogaz garantis par l’Etat en septembre, hors coupons.

Au total, en incluant le secteur privé et le déficit du compte courant (évalué à 9 milliards pour les 11 mois), les besoins de financement externes de l’économie ukrainienne dépasseront 64 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année, estiment les économistes de Barclays. Outre la capacité des acteurs privés à refinancer leur dette, l’Ukraine ne peut compter que sur 17,8 milliards de dollars de réserves à fin janvier. La banque centrale, dont le député Stepan Koubiv a pris les rênes hier, ne pourra à la fois servir la dette extérieure et soutenir sa devise, en chute libre. Le marché en a conscience: alors que le prix de la dette en dollar d’échéance juin a gagné plus d'un centime hier, à 96,6 cents, la hryvnia perdait 4,3% contre le dollar, à 0,1069.

Les CDS à 1 an du pays – un indicateur à manier avec précaution – reflètent une probabilité de défaut de près de 30%. «Un défaut ne semble pas inévitable», relève Andreas Kolbe, chez Barclays. L’économiste estime que le pays pourrait bénéficier dans l’immédiat d’un prêt-relais inconditionnel «afin d’éloigner le spectre d’un défaut à court terme».

En revanche, une solution durable ne peut passer que par le FMI, à-même de déclencher ensuite le soutien de l’UE et d’autres bailleurs de fonds (Berd, Banque mondiale, BEI…). Il faudrait pour cela pouvoir négocier avec un gouvernement légitime à Kiev, et donc attendre l’issue de l'élection présidentielle annoncée le 25 mai. La conditionnalité de l’aide restera comme toujours centrale. En 2010, l’institution de Washington avait accepté d’accorder 15,5 milliards de dollars, mais avait suspendu ses versements l’an dernier devant le refus de l'ex-président Viktor Ianoukovitch de mettre en œuvre les réformes demandées.

«Soit le FMI allège ses conditions, qui incluaient l’austérité, un taux de change flexible, et surtout une hausse du prix du gaz payé par les ménages, soit le nouveau gouvernement devra accepter toutes les réformes structurelles, avec les problèmes politiques que cela soulève», résume Dimitri Petrov, économiste chez Nomura.

A lire aussi