Les tensions en Ukraine ont un impact limité sur ses voisins

le 20/02/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le rendement des obligations polonaises à 10 ans ne se tendait hier que de 4 pb, à l'instar de celui des titres russes libellés en dollars

Les rappels à l’ordre du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, promettant d’utiliser «tous les moyens nécessaires» pour restaurer l’ordre dans le pays, et les 2 milliards de dollars de titres ukrainiens libellés en euros que la Russie s’est engagée à racheter d’ici la fin de la semaine afin d'alléger la charge de sa dette à court terme, n’ont pas réussi à calmer l’inquiétude des investisseurs après une nuit sanglante de protestations anti-gouvernementales.

Le rendement des obligations arrivant à échéance en juin s'est tendu de 181 pb hier pour atteindre un record de 24,73%, et dépasse ainsi de 14,2 points de pourcentage celui des titres à échéance 2023. Les titres ont enregistré la plus mauvaise performance depuis le début de l’année, derrière l’Argentine et le Venezuela. Parallèlement, l’indice actions a chuté de 3,8% et 4,2% ces deux derniers jours.

Si la glissade de la hryvnia contre dollar a été limitée à 1% hier à 8,95, la dépréciation s'élève à 9% depuis le début de l’année, et les contrats «forward» à trois mois atteignaient 9,81 hier, soit une dépréciation supplémentaire anticipée de 10%. «La hryvnia pourrait chuter à 10 contre dollar ou même au-delà. La question est de savoir dans quelle mesure la banque centrale (NBU) pourra tolérer une telle décote», s’interroge Dmitry Polevoy, chef économiste chez ING à Moscou.

Malgré les 3 milliards de dollars versés par Moscou, les marges de manœuvre de la NBU semblent limitées avec des réserves qui ont fondu à 17,8 milliards de dollars fin janvier, après 1,1 milliard de remboursement de dette et 1,5 milliard d’intervention sur le marché des changes. Or, le pays doit rembourser un milliard en juin, et 17 milliards d’ici à 2015. La devise s’était reprise de 5% en une semaine après l’instauration de contrôles de capitaux et la dépréciation orchestrée le 6 février. Pour éviter une inévitable crise des dépôts en hryvnia, l'autorité pourrait renforcer les restrictions déjà imposées sur les changes, estime BNP Paribas.

La contagion aux pays limitrophes est en revanche limitée à ce stade. Si la Pologne, qui sert historiquement de trait d’union entre la zone euro et l’Ukraine, s’est inquiétée hier du dérapage de la situation, ses taux à 10 ans ne se tendaient que de 4 pb à 4,51%. Le rendement des titres russes à 10 ans libellés en dollars progressait de seulement 4 pb à 4,56%. Mais Moscou a annulé hier une adjudication de titres à 6 et 14 ans, faute de demande suffisante.

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