La correction des émergents gagne en intensité

le 27/01/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'annonce probable d'un nouveau «tapering» de la Fed, mercredi, pourrait continuer à peser sur les devises

La peur est que la Fed, la BoE et même la BoJ se montrent moins accommodantes. Photo: Bloomberg

La semaine qui s’ouvre promet d'être aussi compliquée que la précédente pour les marchés émergents. Le consensus des économistes s’attend à ce que la Réserve fédérale américaine annonce une nouvelle réduction de 10 milliards de dollars de ses rachats d’actifs, tout en prenant acte de l’embellie aux Etats-Unis. De quoi conforter le dollar face aux devises émergentes, qui ont souffert la semaine dernière des craintes liées au resserrement plus rapide que prévu de la politique des grandes banques centrales – hors BCE – et des incertitudes en Chine.

La déroute des devises émergentes, jeudi, s’est poursuivie vendredi. Aux craintes sur les retraits de la liquidité mondiale, comme au printemps dernier, s’est ajouté un mauvais indicateur PMI en Chine, où la santé du système financier suscite aussi des interrogations croissantes.

«La peur est que la Fed, la BoE et même la BoJ se montrent moins accommodantes, dans un délai plus rapide que ce que l’on pensait encore il y a quelques semaines», explique Steven Englander, patron de la stratégie change chez Citigroup. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, la baisse rapide du taux de chômage à 6,7% et 7,1% respectivement en décembre, soit tout près des seuils de 6,5% et de 7% figurant dans les «forward guidances» de la Fed et de la Banque d’Angleterre, a servi de déclencheur.

«Les banques centrales ont deux options: relever les taux courts plus vite que prévu, au risque de pénaliser la reprise et de chambouler les marchés, ou modifier leur ‘guidance’et perdre en crédibilité», relèvent les stratégistes de SG CIB. La BoE, vendredi encore, et la Fed, ont pourtant expliqué que leurs taux de chômage cibles ne devaient pas être pris comme des seuils de déclenchement automatique d’un resserrement monétaire. Mais les deux institutions sont en train de toucher les limites de leur politique de guidage des anticipations du marché – que Citigroup nommait vendredi la «fuzzy guidance» ou «guidance floue».

Le malaise des investisseurs s’est généralisé vendredi à toutes les grandes devises émergentes, de manière «irrationnelle», selon RBS, car les situations des marchés divergent. L’Argentine, à court de réserves, a capitulé, laissant le peso se déprécier de 15% face au dollar en deux jours. Le contrôle des changes y sera assoupli à partir d’aujourd’hui. Mais depuis son défaut de 2002, le pays reste à part: «le peso est difficilement convertible et ne voit pas passer de flux, relativement au reste du marché des changes», rappelle Robert Lynch, chez HSBC.

La glissade de 5% du rouble face au dollar depuis le début de l’année, est due, elle, aux annonces de la banque centrale russe mi-janvier. Celle-ci vise pour 2015 un régime complet de changes flottants, mais le marché en a déduit que l’institution allait cesser dès à présent ses interventions. «Le compte courant reste excédentaire (1,6% du PIB) et avec de larges réserves à 499 milliards de dollars (17 mois d’importations), la faiblesse du rouble semble exagérée», estime Tatiana Orlova, économiste chez RBS.

Tout le contraire de la Turquie, où la banque centrale risque de devoir relever ses taux si elle veut enfin endiguer la chute de la livre. Le plongeon du rand sud-africain, de 23% face au dollar depuis les premières allusions au «tapering» de la Fed en mai 2013, s’explique lui aussi par le laisser-aller de l’institution monétaire, alors que l’activité minière du pays fait les frais de tensions sociales et du ralentissement chinois.

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