Les pays périphériques reviennent en force

le 10/01/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le retour sur les marchés du Portugal ou de Bankia témoigne de l'euphorie des investisseurs

Illustration: Audrey Millet

L’année 2014 marquera-t-elle la fin de la crise des dettes souveraines en zone euro ? Le succès des adjudications lancées hier par l’Espagne et de la syndication de dette du Portugal après celle de l’Irlande mardi, sont autant de signes que les anciens malades de la zone euro sont revenus sur le chemin de la normalisation. Une embellie confirmée par le fort resserrement des spreads des pays périphériques avec le Bund allemand, et par le retour sur les marchés de dette d'anciens bannis comme la banque espagnole Bankia.

Le rendement des obligations espagnoles à 10 ans est tombé à 3,74% hier, son plus faible niveau depuis fin 2009. «La courbe espagnole s’est légèrement pentifiée dans le cadre de ce processus,», précise la Société Générale. Depuis le 27 décembre, le taux espagnol à 10 ans a chuté de 45 points de base (pb), alors que le Bund allemand a reflué de seulement 5 pb.

Dans ce contexte, le spread entre les deux taux est tombé à 185 pb, au plus bas depuis avril 2011, après être monté à 628 pb en juillet 2012. Une performance qui s’explique à la fois par des «facteurs fondamentaux et techniques», selon Barclays qui anticipe une poursuite du mouvement. Autre signe de convergence entre les taux des pays cœur de la zone euro et les pays périphériques : le rendement de l’OAT française à 10 ans progressait hier de 3 pb à 2,54% à la suite de l’adjudication de 5 milliards d’euros à 10 ans qui a attiré la plus faible demande depuis mars 2003.

L’Espagne a bénéficié de cet optimisme et a adjugé hier un total de 5,3 milliards d’euros. L’émission de 3,53 milliards de nouveaux titres d’échéance avril 2019 s'est faite à un rendement moyen historiquement faible de 2,38%.

Madrid a également rouvert une ligne de titres d’échéance octobre 2028, ce qui lui a permis de lever 1,76 milliard d’euros à 4,19%. Du côté des bancaires, les bannis d'hier retrouvent accès au marché. Bankia a réussi une émission non sécurisée à 5 ans d'un milliard d'euros, à 3,61% de rendement, alors qu'un autre établissement sauvé par l'Etat, Banco Mare Nostrum, a levé mercredi 500 millions lors d’une émission de «covered bonds».

Les autres pays périphériques ont également profité de cette tendance. Le 10 ans italien s'est resserré de 35 pb depuis fin décembre, le 10 ans portugais de 66 pb, et le taux grec de 62 pb. Les spreads italiens et portugais contre Bund sont tombés hier à 195 pb et 339 pb, au plus bas depuis 2011. Après huit mois d’absence du marché obligataire, le Portugal est également venu sur le marché hier avec la réouverture d’une ligne juin 2019 qui a attiré 11 milliards d'euros d’ordres pour un montant levé, plus fort que prévu, de 3,25 milliards à un rendement de 4,66%. De quoi assurer plus d’un tiers des besoins de financement du pays pour l’année. Les investisseurs domestiques n'ont pris que 12% du papier.

«La réussite de la réouverture du titre 2019 prouve aux agences de notation que le Portugal n’a pas besoin d’un nouveau programme de prêts», estime la Société Générale, l'une des banques chargées du placement. Moody’s doit rendre aujourd'hui son verdict sur le Portugal, et S&P le 17 janvier.

Mercredi, Athènes a dit espérer un retour sur les marchés cette année. L’Irlande, qui vient de s'affranchir de l'aide de ses bailleurs de fonds internationaux, avait déjà réussi à placer mardi 3,75 milliards d’euros à 10 ans, grâce à une demande de 14 milliards. Le rendement irlandais à 5 ans est même passé hier sous celui des Gilts britanniques, à 1,837% contre 1,847%.

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