BlackRock est réprimandé pour son traitement du sentiment des analystes

le 10/01/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Dans le cadre d’un accord avec l’Etat de New York, le gérant met fin à son travail d’anticipation des changements de recommandations

Rappel à l’ordre pour BlackRock. Le numéro un mondial de la gestion a franchi la ligne jaune en voulant anticiper les variations des recommandations d’analystes. Un accord conclu avec le procureur général de New York Eric Schneiderman a été dévoilé mercredi soir. Il prévoit que BlackRock règle les frais d’enquête de 400.000 dollars mais lui évite une amende. Les autorités estiment que la société de gestion a violé entre autres le Martin Act de l’Etat de New York qui régit la surveillance des activités boursières.

Le gérant a indiqué avoir mis fin au sondage incriminé. Dénommé «Survey Analyst Program» et hérité du rachat de Barclays Global Investors en 2009, celui-ci visait à «prédire» les prochaines évolutions des recommandations d’analystes. Une série de questions - portant par exemple sur la possibilité que les bénéfices surprennent à la hausse ou à la baisse ou que la société couverte soit la cible d’une OPA dans les six prochains mois - était adressée, généralement peu de temps avant la publication officielle des résultats, à un panel de courtiers. Les données reçues faisaient ensuite l’objet d’un traitement algorithmique par l’équipe de gestion quantitative (Scientific Active Equities).

Si le programme était conçu à l’origine pour quantifier des opinions d’analystes disponibles dans le marché, un dérapage déontologique semble s’être produit. Selon les autorités, le dispositif a ainsi permis de capter «un sentiment non public qui pouvait ensuite être utilisé pour effectuer des ordres avant la réaction du marché aux notes à venir». 

L’enquête a révélé l’existence d’un mémo interne affirmant que le succès du programme dépendait de «la volonté [des participants] de réellement nous donner des informations inédites». «Nous tâchons de prendre une longueur d’avance (front-run)», indiquait un autre document interne. Selon un porte-parole de BlackRock, cité par Reuters, le contenu de ces mémos est «en totale contradiction avec les standards en vertu desquels BlackRock conduit ses activités».

BlackRock n’a pas été la seule institution à attirer l’attention d’Eric Schneiderman. Sous la pression du procureur, Thomson Reuters a décidé en juillet dernier de cesser de livrer des informations en priorité à certains clients. Des sociétés de trading haute fréquence recevaient ainsi l’indice de confiance du consommateur Thomson Reuters/Université du Michigan deux secondes avant les autres clients.

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