Le Portugal crédibilise son retour sur les marchés

le 04/12/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le rééchelonnement de la dette diminue les besoins de financement en 2014, année clé pour le pays

Le Portugal se donne des chances de retrouver un accès complet aux marchés mi-2014.

Lisbonne se donne des chances de retrouver un accès complet aux marchés mi-2014, au terme du plan d’aide européen dont il bénéficie depuis 2011. L’échange de dette lancé hier par le Trésor portugais a réussi au-delà de toutes les espérances, avec 6,6 milliards d’euros d’échéances 2014 et 2015 rééchelonnées en 2017 et en 2018. Le pays a par ailleurs profité de l’euphorie des marchés boursiers pour privatiser l’opérateur postal CTT dans le haut de la fourchette de prix proposée et pour empocher ainsi 578 millions d’euros.

L’année 2014, attendue comme celle du retour sur les marchés du pays, s’annonce exigeante pour le Portugal. Avant cet échange de dette, les besoins de financement à moyen long terme s’établissaient à environ 21 milliards d’euros, pour couvrir un déficit estimé à près de 7 milliards et des tombées obligataires de 14 milliards environ.

En 2015, la dette à rembourser s’élevait à 15 milliards (avec de premiers remboursements au FMI) et le déficit à financer à 4,4 milliards. La Troïka doit encore débloquer une tranche d’aide de 7,9 milliards d’euros au premier semestre 2014, et le Trésor portugais disposera à la fin de l’année de 6,4 milliards de liquidités en caisse.

Grâce à l’opération d’hier, Lisbonne réduit de 2,5 milliards d’euros ses besoins de financement en 2014 et de 4,16 milliards l’année suivante. Avant la transaction, les stratégistes de la Société Générale estimaient qu’à 2 milliards de volumes échangés, l’exercice serait un succès. «Il s’agit d’un bon test de l’appétit des investisseurs pour des emprunts d’Etat portugais à moyen terme», notaient-ils.

En échange de leurs titres 2014 et 2015, les investisseurs ont accepté de recevoir 2,68 milliards d’obligations octobre 2017 et 3,97 milliards d’obligations juin 2018. La nouvelle a permis une détente de 15 points de base des rendements des emprunts d’Etat portugais à 5 ans, à 4,73%. Ces derniers restent cependant de près de 100 pb supérieurs à leur point bas de mai.

Pour prétendre à un accès récurrent au marché, le pays doit encore prouver qu'il peut se financer régulièrement par des adjudications. «Nous considérerons que le Portugal sera définitivement à l’abri lorsqu’il aura démontré sa capacité à solliciter le marché sur la partie 3 ans-10 ans de la courbe, indique Jesus Castillo, chez Natixis. Nous nous attendons à ce qu’il lance des adjudications début 2014 pour préserver sa position de cash actuelle et commencer à préfinancer 2015. Avec un programme de financement moins exigeant, le pays a désormais plus de temps pour se saisir d’opportunités potentielles en fonction des conditions de marché».

Si les conditions de marché restent en l’état, l’enjeu pour le pays sera aussi de sortir définitivement de l’infirmerie sans en passer par l’étape transitoire d’une ligne de crédit de précaution, qui contraindrait encore sa souveraineté budgétaire. Il pourra compter en partie sur la demande des investisseurs domestiques: le fonds de la Sécurité sociale entend accroître sa détention d’emprunts portugais de 2 milliards d’euros l’an prochain, a annoncé la ministre des finances Maria Luisa Albuquerque le 15 octobre. En revanche, les banques locales, avec des portefeuilles de dette souveraine à un record de 34 milliards d’euros à fin septembre et des tests de résistance européens prévus en 2014, semblent difficilement pouvoir aller plus haut.

A lire aussi