Fitch alerte sur le coût de Bâle 3 pour le crédit au secteur privé

le 05/11/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les SIFI ont réduit leur exposition aux entreprises de 440 milliards d’euros et accru celle à la dette souveraine de 550 milliards en deux ans

Depuis la finalisation des règles de Bâle 3 en décembre 2010, les seize grandes banques européennes catégorisées comme ayant une importance systémique (G-SIB) ont accru leur exposition totale à la dette souveraine de quelque 550 milliards d’euros, soit de 26%, jusqu’à fin décembre 2012. Dans le même temps, elles ont réduit leur exposition au secteur des entreprises de 9%, soit d’un montant de 440 milliards d’euros, selon une étude publiée hier par Fitch Ratings. Or, ces établissements pèsent à eux seuls 21.000 milliards d’euros d’actifs cumulés, et détiennent une exposition au risque de crédit de 13.500 milliards.

«Les G-SIB européennes ont largement réalloué le crédit de manière sectorielle sans pour autant avoir réduit significativement leur exposition globale aux risques», estime l’agence. Le secteur des prêts hypothécaires est le seul, avec celui de la dette souveraine, à avoir enregistré une hausse des prêts qui se monte à 12%, soit 275 milliards d’euros. Les prêts aux institutions financières, ceux au secteur de la banque de détail hors crédits hypothécaires, et les titrisations, ont reculé de 170 milliards chacun sur la période, représentant une baisse de l’exposition des banques à ces segments de respectivement 9%, 9% et 30%.

Dans ce contexte, Fitch alerte sur le fait que «si Bâle 3 vise à renforcer les capitaux propres et la liquidité des banques, ces nouvelles règles pourraient créer des effets potentiels collatéraux non souhaités, notamment si elles conduisent à une réduction du crédit disponible pour certains secteurs, ou à une baisse de la liquidité de marché, dans le cas où les banques réduiraient leurs activités de trading et de contrepartie». L’agence estime que le coût moyen en capital de la réglementation sur le secteur des entreprises atteignait 4,7% fin 2012, contre 0,4% pour le risque souverain. Les banques ont ainsi répercuté la hausse du coût de leurs ressources sur les emprunteurs, avec une hausse des marges d’intérêt de 100 points de base pour le crédit aux entreprises entre 2008 et 2013, selon Natixis.

En outre, le renforcement des liens entre banques et Etats par le canal de la détention de dette souveraine inquiète les autorités. «Le temps est venu de casser le traitement privilégié accordé par les autorités de régulation à l’exposition souveraine», estimait ainsi récemment Jens Weidmann, le président de la Bundesbank.

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