La stabilité au Portugal rassure les marchés

le 23/07/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le Président a annoncé que la coalition de centre-droit resterait au pouvoir jusqu'en 2015

Les marchés devraient continuer à intégrer le risque d’une nouvelle explosion de la coalition portugaise dans les prix de la dette souveraine. Illustration L'Agefi.

L’horizon s’est un peu dégagé pour le Portugal. Alors que début juillet, la démission de deux membres du gouvernement avait menacé de faire exploser la coalition de centre-droit au pouvoir, le président de la République, Anibal Cavaco Silva a annoncé qu’il n’y aurait pas d’élections anticipées sur celles prévues en 2015. Les marchés ont immédiatement salué cette annonce. Les taux portugais à 10 ans qui étaient remontés depuis le début de la crise politique pour passer la barre des 7%, se sont détendus de 40 pb dans l’après-midi d’hier pour tomber à 6,2%. Les économistes restent cependant prudents.

«C’est une issue bienvenue qui garantit le soutien politique tant désiré à court terme», se félicite Marco Protopapa, économiste chez JPMorgan. Début juillet, le ministre des Finances, Vitor Gaspar, annonçait sa démission en expliquant qu’il n’avait plus le soutien nécessaire pour mener à bien les réformes exigées par la Troïka en échange de 78 milliards d’euros d’aide. Le ministre des affaires étrangères, représentant du petit parti conservateur membre de la coalition, avait voulu lui aussi tirer sa révérence, fragilisant encore plus la majorité.

Le président espérait trouver un accord avec l’opposition sur le programme économique du pays mais faute de convaincre la gauche, il a préféré obtenir des garanties au sein de sa coalition pour que celle-ci reste en place jusqu’à la fin de la législature. «La crise politique au Portugal semble avoir été résolue pour le moment, même si l’apparence d’un front uni entre les deux partis de la coalition gouvernementale sera difficile à maintenir au cas où l’économie continue de décevoir par rapport aux attentes», estime la recherche de Citi.

Le pays est loin d'avoir retrouvé des finances saines et le chemin du dynamisme économique. Le PIB s'est replié de 3,2% en 2012 et devrait reculer de 2,3% cette année selon le Fonds monétaire international. Faute de croissance et à défaut de pouvoir adopter des mesures censurées par la Cour constitutionnelle au printemps, Lisbonne a dû revoir ses objectifs de déficits, à 5,5% du PIB en 2013 (contre 6,4% en 2012) et 4% en 2014. A fin mars, la dette équivalait à 127,2% du PIB, en hausse de près de 4 points en trois mois, selon les données d'Eurostat publiées hier.

«Des désaccords pourraient refaire surface au sein de la coalition au pouvoir d’ici à la présentation du budget 2014 en octobre 2013», souligne l’économiste de BNP Paribas, Ricardo Santos. Ce dernier s’attend à ce que la Troïka fasse de nouvelles concessions sur le déficit, cette année et l’année prochaine, et il prévient que le marché risque de réagir à nouveau très rapidement à tout nouvel épisode d’instabilité politique.

Selon les économistes de Barclays, les marchés devraient continuer à intégrer le risque d’une nouvelle explosion de la coalition dans les prix de la dette souveraine. «Le retour sur les marchés d’ici au milieu de l’année prochaine, comme cela avait été prévu, reste pour nous sujet à caution, compte tenu des importants besoins de financement du Trésor, notamment pour 2015», écrivent-ils encore.

Pour faciliter son retour sur le marché, le Portugal pourrait négocier, comme devrait le faire prochainement l’Irlande, une ligne de crédit de précaution auprès du Mécanisme européen de stabilité. Cependant, il pourrait être tout aussi difficile de trouver un accord sur ce point au sein de la classe politique, prévient Ricardo Santos.

Les marchés devraient continuer à intégrer le risque d’une nouvelle explosion de la coalition portugaise dans les prix de la dette souveraine. Illustration L'Agefi.
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Les marchés devraient continuer à intégrer le risque d’une nouvelle explosion de la coalition portugaise dans les prix de la dette souveraine. Illustration L'Agefi.

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