La banque centrale de Turquie est contrainte de monter ses taux

le 17/07/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les interventions sur le marché des changes ne suffisent plus à contrer la dépréciation de la lire, attaquée comme la plupart des devises émergentes

Istanbul ne veut pas être la première victime de la fin de l’assouplissement de la Fed. Les turbulences de marché et les sorties de flux de capitaux dans les pays émergents ont forcé cette semaine la banque centrale de Turquie à abattre ses cartes. Pour contrer les pressions vendeuses sur la lire turque, qui s’est dépréciée de 8,5% face au dollar depuis le début du mois de mai, l’institution monétaire n’a eu d’autre choix que d’annoncer une hausse des taux.

La Banque de Turquie décidera d’un élargissement «mesuré» de son corridor de taux d’intérêt lors de son prochain comité de politique monétaire le 23 juillet. Par «mesuré», les économistes évoquent une hausse de 25 à 50 points de base dans une perspective historique. Mais les circonstances particulières nécessiteront un resserrement bien plus violent. «Nous nous attendons à ce que la banque centrale élargisse le corridor de taux de 200 points de base dans les prochains mois en élevant le taux de sa facilité de crédit à 8,5%», indiquent les économistes de BNP Paribas.

Les autorités monétaires du pays ont également annoncé le doublement de la facilité de crédit export de Turk Eximbank. Financée en monnaie locale mais remboursée en devises étrangères, celle-ci doit permettre à la banque centrale d’accroître ses réserves nettes de change. Car de ce point de vue, le pays est en position de faiblesse face au marché.

Les autorités ont bien vendu 6,3 milliards de devises étrangères pour faire remonter la lire depuis début juin, mais ces interventions ont surtout eu pour effet de diminuer le trésor de guerre. A 47 milliards de dollars fin mai, les réserves nettes de change de la Turquie rapportées au PIB (6%) sont parmi les plus faibles des grands pays émergents.

La banque centrale est également sous pression en raison des tensions inflationnistes. «La hausse de 25 pb d’un mois sur l’autre des anticipations d’inflation à 12 et 24 mois dans l’enquête de juillet, à 6,45% et 6,13%, soit le plus haut niveau depuis novembre 2012, diminuent la tolérance de la banque centrale face à une trop grande faiblesse de la devise», pointe l’économiste d’ING. Les annonces des autorités monétaires ont au moins permis à la lire de rebondir de 1,6% face au billet vert.

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