L'Euribor tarde à redorer son blason

le 16/07/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Depuis la révélation de manipulations, le taux est délaissé par un nombre croissant de banques

La crédibilité de l’Euribor est menacée.

La crédibilité de l’Euribor, le taux interbancaire de référence en zone euro, continue d’être menacée car de moins en moins de banques contribuent à son élaboration. La situation est préoccupante car l’indice sert de référence à des centaines de milliers de milliards d’euros de produits financiers et est jugé crucial pour l’économie de la zone euro par la Banque centrale européenne (BCE). La Commission européenne tarde à présenter une réforme qui pourrait redorer le blason de l’Euribor. La BCE et les établissements financiers planchent sur des alternatives mais elles sont difficiles à trouver.

Seules 32 banques contribuent aujourd'hui au panel de l’Euribor contre 44  il y a encore un an. Après la condamnation de Barclays pour tentative de manipulation des taux interbancaires, nombre d'établissements se sont inquiétés du risque juridique que représentait la participation au panel de l’indice européen et l'ont quitté.

L’Euribor-EBF, l’organisation bancaire qui publie l’Euribor, en est pour ses frais. Elle a toujours excipé du grand nombre de contributeurs à l’Euribor pour expliquer qu’il ne pouvait pas être manipulé. Ses représentants sont aujourd’hui inquiets: «si l’Euribor disparaît, les contrats en cours qui y sont indexés n’auront plus lieu d’être, il y a des risques de litiges extrêmement importants et donc des pertes nettes pour les banques», assure Cédric Quéméner, directeur à l’organisation.

Les banques ne sont pas les seules intéressées à l’avenir de l’Euribor. En février et mai, la BCE s’est fendue de communiqués pour souligner que l’Euribor était «important pour le fonctionnement de l’économie de la zone euro, y compris la mise en œuvre de la politique monétaire». Elle plaide donc pour que les banques soient forcées de contribuer au panel du taux. La Commission européenne aussi.

Dans un projet de régulation dont une version a été diffusée en juin, elle propose que l’Autorité européenne de régulation des marchés, l'Esma, ait le pouvoir de rendre obligatoire la contribution des banques à l’Euribor. La proposition législative devait être publiée cet été mais elle ne le sera finalement que dans le courant du mois de septembre, explique-t-on à Bruxelles.

«On aurait préféré que la recommandation de la Commission soit diffusée plus tôt», déplore Cédric Quéméner. Le temps que le Parlement et le Conseil approuve la régulation de la Commission, le panel peut se vider.

A la demande de l’Esma et de l’Autorité bancaire européenne, l’Euribor-EBF travaille déjà sur la réforme de sa gouvernance. Les banques étudient aussi avec la BCE la possibilité de créer un indice complémentaire basé sur des transactions réelles, potentiellement moins manipulable.

Une réunion se tenait encore à ce sujet vendredi dernier. Selon des participants, après avoir collecté des données, les institutions ont constaté qu’elles en manquaient pour des transactions de maturités supérieures à 3 mois sur le marché interbancaire. Qui plus est, elles ont réalisé que le taux de référence calculé à partir de données réelles ne différait guère de celui de l’Euribor, effectué par sondage.

L’emblématique Euribor n’est pas le seul taux à être menacé. Natixis ne contribue plus à l’Euribor dollar depuis début juillet et une réflexion a été lancée sur l’avenir de cette référence créée en 2012 pour concurrencer le Libor dollar.

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