Les marchés émergents feront encore les frais du retour à la normale de la Fed

le 27/06/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les entrées nettes de capitaux privés devraient reculer de 36 milliards de dollars en 2013 et de 33 milliards en 2014 à 1.112 milliards, selon l’IIF

Le processus de normalisation de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, si prudent et progressif soit-il, ne manquera pas de mettre en lumière la fragilité de certaines économies émergentes envers les flux de capitaux en provenance des pays développés. Telle est l’alerte lancée hier par l’Institut de la finance internationale (IIF), association mondiale représentant les institutions financières. L’inflexion de la Fed (avec la fin du QE3 attendue mi-2014), et dans son sillage celle des autres principales banques centrales, va en effet réduire l’appétit des investisseurs pour les places émergentes sous le coup d’un différentiel de croissance économique moindre avec les économies matures.

Ce mouvement de prudence est déjà entamé, comme en témoigne le récent net recul des places boursières émergentes. Les fonds actions dédiés aux marchés émergents ont subi selon l’IIF une décollecte nette de 18 milliards de dollars sur le mois écoulé, les fonds obligataires pâtissant de retraits nets pour plus de 7 milliards. Sur l’ensemble de l’année 2013, l’association anticipe un recul de 36 milliards de dollars des entrées nettes de capitaux privés sur les marchés émergents, à 1.145 milliards. Et 2014 devrait voir l’élan maintenu, avec une baisse de 33 milliards à 1.112 milliards. En janvier dernier, l’IIF visait un apport de 1.150 milliards l’an prochain, la révision concernant principalement l’Asie.

Certains marchés émergents apparaissent particulièrement vulnérables au regard du gigantisme des mouvements mondiaux de capitaux par rapport à la taille de leurs marchés financiers locaux. Un assèchement du financement extérieur serait susceptible de plonger des pays comme la Turquie, la Roumanie, la Pologne ou le Maroc dans des situations délicates de liquidité ou de solvabilité. Dans ce contexte, les principaux exportateurs nets de capitaux comme les puissances pétrolières (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis ou Russie), la Chine ou la Corée du Sud, apparaissent davantage à l’abri car indépendants.

En parallèle, l’IIF souligne qu’après des années d’accumulation de réserves, les flux de capitaux sortant des pays émergents devraient poursuivre leur progression cette année (+7%) pour s’élever à 1.000 milliards de dollars, soit dix fois le montant moyen constaté entre 2000 et 2003, sous l’impulsion notamment du volontarisme chinois.

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