La Fed met sous tension les taux longs américains

le 31/05/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le rendement des Treasuries a bondi de 50 pb en un mois, relançant les spéculations sur la fin du rally

Ce n’est pas encore la répétition du krach obligataire de 1994, mais l’évolution n’en reste pas moins spectaculaire. En un mois, les taux à 10 ans américains se sont tendus de 50 points de base, à 2,12%, atteignant même le 29 mai leur plus haut niveau depuis mars 2012 à 2,23%. La veille, ils avaient bondi de 15 pb en une seule séance après la publication d’un indice de confiance du consommateur américain et de statistiques immobilières tous deux au beau fixe. La tension des Treasuries tire également à la hausse les rendements européens.

Depuis le discours de Ben Bernanke et la publication des minutes de la Fed mi-mai, l’environnement a changé sur les marchés obligataires aux Etats-Unis. «La montée des rendements américains découle en partie de la perception que la Fed pourrait diminuer le rythme de ses rachats d’actifs plus tôt que prévu», souligne Robert Lynch, stratégiste chez HSBC.

Alors que les précédents mouvements de vente (automne 2010, octobre 2011 ou mars 2012) s’expliquaient en partie par une variation des points morts d’inflation, celui-ci ne provient que d’une hausse des taux réels. «C’est un signe qu’il ne reflète pas de meilleures perspectives pour l’économie, mais plutôt une Fed en mode faucon», indiquent les stratégistes de Barclays.

La Réserve fédérale évoquait jusqu’à présent un arrêt du QE3, avec un objectif de taux de chômage à 6,5%. Elle parle désormais d’un infléchissement de son programme d’assouplissement quantitatif si les bonnes nouvelles continuent sur le front de l’emploi, mais sans préciser dans quelles proportions. Les investisseurs ont donc du mal à décoder la fonction de réaction de la Fed. Chaque publication de statistiques, comme le prochain rapport sur l’emploi du 7 juin, sera scrutée encore plus que de coutume.

«L’ampleur de la vente de Treasuries montre à quel point nos marchés sont devenus sensibles aux indicateurs depuis les discussions de la Fed la semaine dernière», estime Hans Mikkelsen, stratégiste crédit chez Bank of America Merrill Lynch. «A moins que les membres de la Fed ne précisent quelles métriques ils regardent pour apprécier le timing d’un retrait du stimulus monétaire, la volatilité restera très élevée dans les mois qui viennent», ajoutent les stratégistes de Barclays.

Les taux américains à 10 ans demeurent encore très faibles sur une base historique. Ils dépassaient 3,5% début 2011, et 3% il y a deux ans. Un niveau de 3% auquel ils devraient théoriquement traiter selon le modèle des économistes de SG CIB. Jusqu’à présent, chaque correction avait donné aux investisseurs l’occasion de se repositionner à bon compte sur les Treasuries. Mais celle de mai relance les spéculations sur la fin du rally obligataire et le début de la «grande rotation» hors de la classe d'actif. «Nous étions de l’avis ces dernières années que chaque mouvement désordonné de vente constituait une occasion d’acheter à la baisse. Nous avons changé de camp», souligne Barclays.

La remontée des taux a de multiples conséquences. Elle a par exemple fait tomber en territoire négatif la performance des obligations d’entreprises investment grade sur 2013, relève BoA Merrill. Les emprunts d’Etat européens ont aussi suivi la même évolution qu’aux Etats-Unis, avec un rendement du Bund 10 ans passé de 1,20% à 1,50% sur le mois.

En un mois, les taux à 10 ans américains se sont tendus de 50 points de base, à 2,12%. Illustration L'Agefi.
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En un mois, les taux à 10 ans américains se sont tendus de 50 points de base, à 2,12%. Illustration L'Agefi.

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