Bruxelles change d’angle de tir mais pas de stratégie

le 30/05/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Paris et Madrid obtiennent deux ans de délai pour réduire les déficits, mais en contrepartie de gages politiques

La Commission européenne accorde des délais pour réduire les déficits.

Le «rééquilibrage» des objectifs d’assainissement budgétaire fixés par la Commission européenne, attendu depuis plusieurs semaines, se confirme. «L'assainissement budgétaire devrait se poursuivre, à un rythme différent toutefois», a expliqué hier le président de la Commission européenne José Manuel Barroso. Les bénéficiaires, dont la France, de cette «bouffée d’air» sont censés prendre des mesures d’ici octobre. Mais le volontarisme réformateur de Bruxelles va rencontrer des résistances politiques nationales.

La pression se relâche un peu du côté des soldes budgétaires. Outre la France, douze autres pays dont l’Espagne et les Pays-Bas ont vu les procédures pour déficit excessif mises à jour.

Pour six pays, dont la France, l’Espagne et les Pays-Bas, la Commission propose de repousser de un ou deux ans le délai de retour sous les 3% de déficit sur PIB. L’objectif de déficit espagnol passe à 6,5% en 2013 et 4,2% en 2015. Celui de La Haye passe à 3,6% en 2013. L’Italie, dont le déficit s’est établi à tout juste 3% en 2012, après avoir atteint 5,5% en 2009, sort carrément du viseur… pour ce qui est du déficit budgétaire.

En revanche la Belgique est stigmatisée. La Commission qui rappelle que la recapitalisation de Dexia fin 2012 a couté 0,8% de PIB de déficit au royaume renonce toutefois à ce stade à proposer des sanctions pécuniaires.

«Cela ne représente pas de changement significatif par rapport à la ligne d’austérité adoptée par la Commission», sinon la reconnaissance «du besoin de faire jouer les stabilisateurs automatiques», estime JPMorgan.

Cette «bouffée d’air» doit être mise à profit pour poursuivre les réformes structurelles, a insisté le commissaire en charge des Affaires économiques et financières. Or sur ce terrain, Olli Rehn s’est montré à la fois sévère sur ce qui a été entrepris jusqu’à présent et exigeant pour l’avenir. La Commission recommande aux chefs d’Etat et de gouvernement de fixer au 1er octobre le délai pour «prendre des mesures effectives».

Or les recommandations présentées mercredi, et qui doivent être discutées lors du Conseil des ministres des Finances le 21 juin, risquent d’être jugées intrusives par de nombreux gouvernements. A l’issue de la dernière réunion des ministres des Finances de la zone euro, le ministre français Pierre Moscovici avait déclaré : «Nous voulons être jugés sur les fins et non sur les moyens. Cela s’appelle la démocratie». «La Commission n'a pas à dicter à la France ce qu'elle a à faire», a renchéri hier le président François Hollande.

L’Allemagne est par exemple invitée à revoir son système de TVA, à réformer son système de soins de santé ou encore à faciliter le travail des femmes. L’Espagne, dont la fiscalité est une des moins lourdes d’Europe, devrait elle augmenter ses rentrées grâce à des taxes indirectes et améliorer sa protection sociale. Derrière la précision des recommandations, on peine toutefois à lire une stratégie économique pays par pays.

Ces recommandations sont partie intégrante du nouvel appareil de gouvernance économique mis en place depuis 2011 qui prévoit de les faire adopter au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement pour leur donner plus de force. Elles seront à l’agenda du Conseil européen des 27 et 28 juin.

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