Les économistes doutent d'une baisse du taux de la facilité de dépôt de la BCE

le 07/05/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le passage de ce taux, aujourd'hui à 0%, en territoire négatif pourrait nuire aux fonds monétaires, au marché du repo, voire au crédit

De nombreux économistes ne croient pas que la Banque centrale européenne (BCE) va faire payer les établissements financiers qui lui laissent de l’argent en dépôt pour tenter de relancer l’économie. Pourtant, le président de la BCE, Mario Dragi, a assuré que la possibilité d’abaisser le taux de la facilité de dépôt en dessous de son niveau actuel de 0% était étudiée, en dépit de ses inconvénients.

«Nous sommes techniquement prêts», a ainsi expliqué le banquier central lors de sa conférence de presse de mai. Et d’ajouter : «cette mesure pourrait avoir plusieurs effets secondaires. Si nous nous décidons à agir, nous y remédierons. Nous regardons cela avec un esprit ouvert». Cette déclaration a retenu l’attention du marché car en août dernier, Mario Draghi, s’était contenté de dire que recourir à cette option reviendrait à s’aventurer «dans des eaux inexplorées». La banque centrale du Danemark a bien imposé un taux négatif à l’été 2012 (alors fixé à -0,20%, il est aujourd'hui à -0,10% ), mais c’était sur les certificats de dépôt et dans le but de maintenir la parité de la monnaie danoise avec l’euro.

Le membre autrichien du conseil des gouverneurs, Ewald Nowotny, s’est empressé de faire taire les spéculations la semaine dernière en assurant que les déclarations de Mario Draghi étaient sur-interprétées. «Le débat au sein du conseil des gouverneurs sur une baisse du taux de dépôt ne semble pas avoir encore abouti», analysent les économistes de Citi.

Selon ceux de JPMorgan, une baisse du taux de la facilité de dépôt risque d'augmenter les difficultés des fonds monétaires européens, de perturber le marché du repo et de réduire la profitabilité des banques, au détriment de l'accès au crédit. Cependant, une baisse pourrait aussi obliger les banques des pays solides à prêter et donc «être un outil utile pour permettre à la périphérie de réduire sa dépendance à la BCE».

En dépit de ces possibles bénéfices, «la barre est fixée bien plus haut pour une baisse de taux de dépôt que pour une nouvelle baisse du taux de refinancement», écrit Marco Valli, chez UniCredit. D’après les économistes de Deutsche Bank, Mario Draghi a «brisé un tabou», mais «il s’agit davantage d’un signal – pour accroître l’effet de la baisse du taux de refinancement [de 0,75% à 0,50%] que d’une mesure que la BCE considère réellement comme une option aujourd’hui».

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