La dette émergente donne des signes de surchauffe

le 07/05/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les émissions corporates atteignent des records, encouragées par un afflux de liquidités

Le marché de la dette émergente est à son plus haut. Illustration L'agefi.

Le Rwanda et Panama qui se financent à des taux défiant la gravité, des fonds spécialisés qui croulent sous l’afflux de liquidités, des volumes d’émissions au plus haut: le marché de la dette émergente, souveraine et corporate, profite à plein de la politique des grandes banques centrales et de la chasse aux rendements. Sur la semaine écoulée, les fonds de dette émergente ont encore enregistré 1,7 milliard de dollars de collecte, selon EPFR, portant à 26 milliards le total d'argent frais depuis le début de l’année.

La collecte hebdomadaire sur la dette en devise locale, plus risquée, a atteint à elle seule 900 millions de dollars. Sur 2013, la classe d’actifs pointe au deuxième rang des plus populaires en termes de taux de croissance des encours (supérieur à 8%), derrière les fonds de prêts (+29%), un compartiment toutefois beaucoup plus petit.

Cet afflux de liquidités se déverse d’abord sur les marchés primaires. Du côté des Etats, l’émission rwandaise a marqué les esprits. Le pays africain, qui a emprunté fin avril 400 millions de dollars, soit 5,5% de son PIB 2012, a rencontré une demande dix fois supérieure de la part des investisseurs. Pour ses débuts sur le marché obligataire international, le Rwanda a trouvé un rendement de 6,875% à 10 ans guère plus élevé que celui auquel traitaient les titres du Portugal et de la Slovénie sur cette maturité.

Quant au Panama, il a levé le 22 avril pour 750 millions de dollars à 40 ans à un coupon de… 4,3%. «Rappelons que ces 50 dernières années, les Treasuries américains à 30 ans n’ont traité sous les 4,3% que pendant 10% du temps», signalent les analystes crédit de Bank of America Merrill Lynch. A l’heure où la moitié du stock mondial d’emprunts d’Etat offre des rendements inférieurs à 1%, les investisseurs sont forcés de prendre des papiers plus exotiques, souligne la banque américaine.

Du côté des entreprises, le chinois Cnooc a signé la semaine dernière la plus grosse levée obligataire d’une signature asiatique non japonaise depuis 2003, avec 4 milliards de dollars. Au mois d’avril, les corporates émergents ont émis un record de 47,9 milliards de dollars de dette, pour moitié en provenance d’Europe centrale, Moyen-Orient et Afrique. C’est plus de la moitié des montants levés lors des trois premiers mois de 2013, qui avaient déjà établi un record sur un trimestre en la matière (93,8 milliards).

C’est peu dire que cette effervescence commence à mettre certains investisseurs mal à l’aise. «Le marché de la dette émergente est en état de bulle et ne rémunère plus le risque, tout comme l’investment grade et le high yield en Europe, tranche un institutionnel à Paris. Nous avons arrêté de souscrire aux nouvelles émissions». Les analystes de BoA Merrill recommandent, eux, de diminuer l’exposition à la classe d’actifs. «Les marchés émergents d’actions et de devises ne valident pas l’euphorie des obligations», soulignent-ils.

L’indice boursier MSCI Emerging Markets est en effet en baisse de 1% sur 2013 sur fond de ralentissement en Asie, tout comme le Merrill Lynch Global EM FX pour les changes. L’indice LDMP de la banque américaine qui couvre la dette émergente en devise locale affiche pour sa part un rendement (total return) de 4,3%. Depuis le 1er janvier 2011, l’écart est encore plus important, avec des performances respectives de -9,5% et -2,5% pour les deux premiers indices et de +16,8% pour celui de la dette.

Le marché de la dette émergente est à son plus haut. Illustration L'agefi.
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Le marché de la dette émergente est à son plus haut. Illustration L'agefi.

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