La Bundesbank monte au créneau contre la TTF

le 26/04/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La taxe sur les transactions, en tuant le marché du repo, perturberait la politique monétaire

Jens Weidmann. Photo: Chris Ratcliffe/Bloomberg

Jusqu’à présent, le projet de taxe sur les transactions financières en Europe avait surtout fait pousser des cris d’orfraie aux banquiers et aux gérants d’actifs. Mais le caractère maximaliste de la TTF commence à inquiéter bien au-delà de ce cercle. Jens Weidmann, le président de la Bundesbank (photo), s’est livré le 24 avril lors d’un discours à Dresde à une critique en règle du projet. Même les onze Etats membres qui se sont engagés à l’adopter en 2014 ont demandé à la Commission européenne d’en préciser les impacts.

L’Allemagne a déjà déclaré que la taxe ne serait sans doute pas applicable avant 2015, mais le discours de son banquier central est particulièrement éclairant. «Les effets secondaires non souhaités peuvent être considérables: dans sa forme actuelle envisagée, la taxe couvrira les fonds monétaires, les prises en pension, et endommagera de manière significative le marché du repo», estime Jens Weidmann. Début avril, l’Icma, l’association des professionnels des marchés de capitaux, jugeait que la TTF tuerait les repos à moins de 6 mois, soit l’essentiel du marché, puisque l’activité deviendrait non rentable.

Les teneurs de marché, courtiers et fonds monétaires ont déjà eu le loisir de s’en émouvoir, mais les banques centrales seraient aussi en difficulté. «Si le marché ne fonctionne pas, les institutions concernées seront dirigées vers l’Eurosystème, et les banques centrales resteront engagées massivement et de manière permanente dans la répartition de la liquidité entre banques», souligne Jens Weidmann. Impossible dès lors d’engager un jour le retrait des politiques monétaires non conventionnelles.

La Bundesbank n’a aucune envie de voir la BCE perdre le contrôle. «D’un point de vue de politique monétaire, la taxe dans sa forme actuelle doit être vue de manière très critique, et montre à quel point il est important de tester précisément un schéma de régulation avant de l’introduire. Cela prend un peu de temps», conclut Jens Weidmann.

Les politiques, eux, restent déterminés. Mercredi, Pierre Moscovici, le ministre de l’Economie, a indiqué viser une application en 2014 «sur une base large». Mais les techniciens des Etats disposés à appliquer la TTF sont moins enthousiastes. Dans un document daté du 16 avril et révélé par le blog britannique OpenEurope, les 11 Etats membres adressent six pages de questions à la Commission européenne, dont les services ont élaboré le projet de taxe. Ils s’interrogent sur les modalités de collecte et de déclaration de la taxe, et surtout sur ses impacts financiers.

«L’étude d’impact n’est pas claire sur la manière dont la taxation des emprunts d’Etat interagirait avec le coût de la dette», souligne le document. L'Italie, qui vient de mettre en place une TTF volontairement limitée aux actions, serait la plus inquiète.

Les rédacteurs du texte craignent également la disparition du marché du repo, qui permet aux Trésors de gérer leurs liquidités: «l’extinction du marché pénalisera le marché de la dette souveraine et par conséquent augmentera les coûts de financement des gouvernements». Ils ajoutent qu’une taxe uniforme à 0,1% sur le cash créerait un «fardeau inapproprié» sur le financement de court terme. Les Etats demandent aussi à la Commission de préciser ses études d’impact pour les obligations non souveraines.

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