La BCE apparaît à court de moyens

le 05/04/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Elle cherche activement une manière de soutenir les PME des pays européens les plus fragiles

Mario Draghi lors de son intervention du 4 avril 2013. Photo: Bloomberg

Alors que la Banque du Japon vient d’ouvrir la voie à une politique monétaire très agressive, la Banque centrale européenne (BCE) a, comme prévu, décidé de laisser son taux de refinancement, inchangé depuis le mois de juillet dernier, à 0,75%. Le président de l’institution, Mario Draghi, assure que les gouverneurs cherchent un moyen de faciliter l’accès au crédit des PME dans les pays européens périphériques, mais n'a pas dévoilé hier de recettes. Il presse les Etats d’avancer sur l’union bancaire et les dispositifs de bail-in.

La banque centrale souligne que la période de faible croissance économique s’est prolongée en ce début d’année. Même si elle reconnaît que ce n’est pas gagné, elle espère toujours une reprise graduelle de l’activité dans la seconde partie de 2013 grâce à la politique monétaire très accommodante et à l’augmentation de la demande extérieure. Quant à l’inflation, elle reste, à ses yeux, sous contrôle même si elle continue de baisser (à 1,7% en mars selon Eurostat). Comme le mois dernier, une baisse des taux a été discutée avant d’être écartée.

«Compte tenu de l’excès de liquidité dans le système bancaire», elle serait «possible en théorie, peu intéressante en pratique», fait valoir Bruno Cavalier, chez Oddo. Cet argument n’empêche pas certains économistes, dont ceux de Citi, de JPMorgan, ou d’UniCredit, d’attendre une baisse du refi dans les deux mois. Aux yeux de Frederik Ducrozet chez Crédit Agricole CIB, celle-ci diminuerait non seulement le coût de la liquidité mais montrerait que la BCE n'est «ni inactive, ni insensible aux événements à l’extérieur et à l’intérieur de la zone euro».

Mario Draghi s’est dit surtout préoccupé par la fragmentation financière. En dépit de taux extrêmement bas, des opérations de prêts à trois ans (LTRO) et de l’annonce du programme de rachat de dette (OMT) qui a permis de resserrer les rendements souverains, les taux de prêt aux entreprises et particulièrement aux PME, restent très élevés dans les pays périphériques.

Les banquiers centraux étudient les mesures qui, dans la limite du mandat de leur institution, faciliteraient l’accès au crédit des PME. Toutefois, de l’aveu même de Mario Draghi, l'exercice n’est «pas évident». Le président de la BCE a expliqué que les gouvernements, la Banque européenne d’investissement ou encore les banques centrales nationales pourraient jouer un rôle important pour résoudre ce problème de fragmentation financière.

Certains suggèrent que le collatéral pourrait être encore élargi en faveur des prêts aux PME mais Mario Draghi a fait valoir que l’augmentation du collatéral déjà décidée n’a pas été suivi d’effets dans certains pays. D’autres économistes arguent que la BCE pourrait acheter directement des actifs sur le marché. Reste que le système de financement européen repose encore pour l'essentiel sur les banques. La BCE pourrait aussi s’inspirer du programme de soutien au crédit de la Banque d’Angleterre.

Interrogé sur Chypre, le président de la BCE a reconnu que «ce n’était pas malin» de taxer les petits déposants comme le proposait le premier plan de sauvetage du pays. Il a répété que le second ne ferait pas école et insisté pour que le mécanisme de surveillance bancaire unique soit mis en place le plus rapidement possible, tout comme les dispositifs de bail-in qui devraient être, à ses yeux, valables dès 2015.

A lire aussi