Le plan chypriote soulève de nouvelles peurs

le 26/03/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les Européens ont évité le pire mais créent des précédents pour les résolutions bancaires

Le plan de sauvetage chypriote ne règle pas tout.

Dans la foulée de l’annonce du plan de sauvetage chypriote, les marchés s'étaient détendus. Mais l’accalmie a été de courte durée. Si l’accord trouvé par les ministres des Finances épargne les petits déposants de l’île, il crée un précédent en touchant lourdement les plus gros déposants et en mettant aussi à contribution les créanciers seniors des banques. L’avenir de Chypre reste aussi très incertain : centré sur les banques, son modèle économique est touché de plein fouet et sa dette reste très élevée.

Hier soir, la dette à dix ans de l’Espagne, l’Italie et le Portugal se tendait respectivement de 10,5 points de base (à 4,9%), 9,8 pb (à 4,6%) et 4,8 pb à (5,9%). Quant aux bourses, après une ouverture en hausse, elles sont tombées dans le rouge dans l’après-midi, entraînées par les valeurs bancaires.

L’Union a franchi un cap en mettant à contribution les créanciers seniors de Laiki et de Bank of Cyprus (aux côtés des actionnaires, des créanciers juniors et des gros déposants). Ils avaient toujours joui d’un traitement de faveur jusque-là. «Cela va avoir encore plus d’importance pour le débat européen sur le cadre de résolution des banques au sein de l’Union bancaire», assure Reinhard Cluse, économiste chez UBS. L’indice iTraxx sur la dette senior européenne s’est d'ailleurs tendu de 13,4 pb ( à 190,6) et celui sur la dette junior de 14,3 pb (à 313,62).

Les propos du président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, ont grandement contribué à inquieter les marchés. Dans un entretien, le dirigeant a insisté sur le fait que les Européens étaient clairement prêts à l’avenir à fermer des banques comme à Chypre. Il a ensuite tenté de rattraper les dégâts causés par ses propos en précisant, en fin de journée, que le plan chypriote était un «cas spécifique» et que les programmes d’ajustement sont faits au cas par cas.

La plupart des économistes s’accordent à dire que l’Eurogroupe est passé à côté de la catastrophe en obtenant ce plan de sauvetage alors que la BCE menaçait de couper le robinet de liquidités pour les banques domestiques. La BCE a déclaré qu’elle ne s’opposerait plus au système de liquidité d’urgence (ELA) pour le pays. «L’accord dissipe pour une grand partie les incertitudes à court terme et les risques de faillites bancaires incontrôlées qui auraient pu conduire Chypre à sortir de l’Union économique et monétaire», notent les économistes de Citigroup.

Aux dires de l’économiste de Deutsche Bank, Gilles Moec, ce plan a au moins le mérite de ne pas proposer, comme celui de la semaine dernière, une taxe générale sur les déposants qui, en brisant les promesses de l’union sur la protection des comptes en dessous de 100.000 euros, aurait pu créer des phénomènes de «bank run». Mais le mal est en partie déjà fait: «les doutes sur la sécurité des petits déposants vont persister et le débat sur de possibles sorties de la zone euro est ravivé».

Enfin, l’Eurogroupe crée un précédent en mettant à contribution (à hauteur de 4,2 milliards d’euros) les déposants non garantis (qui ont plus de 100.000 euros sur leur compte) pour faciliter la résolution organisée de Laiki. Ceux de Bank of Cyprus devraient aussi participer à la recapitalisation de la banque. Même si cela limite une éventuelle fuite des capitaux, cela devrait nuire durablement à la réputation de Chypre et à son modèle économique basé sur le secteur financier.

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