Londres donne plus de champ à la BoE

le 21/03/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La Banque d'Angleterre étudiera les mérites d'une nouvelle approche de sa politique monétaire d'ici à août

George Osborne présente le budget britannique le 20 mars 2013. Photo : Chris Ratcliffe/Bloomberg

Le gouvernement britannique a donné son feu vert à la Banque d’Angleterre (BoE) pour qu'elle élargisse sa palette d’outils. Dans la lignée des banques centrales américaine et canadienne, elle pourrait se donner d’autres objectifs que l’inflation pour piloter sa politique monétaire. Ce changement s’annonce alors que le budget britannique, présenté hier par George Osborne,  témoigne des difficultés de l’exécutif à assainir ses finances publiques et que la croissance devrait être plus faible que prévu outre-Manche, à 0,6% cette année et 1,8% en 2014.

Dans une lettre envoyée hier au gouverneur Mervyn King, le chancelier de l’Echiquier, George Osborne, a précisé comme chaque année le mandat de la BoE. Alors qu’a déjà été évoqué un changement de l’objectif d’inflation, le ministre réaffirme clairement qu’il est à 2%. Comme l’année dernière, il souligne que la banque centrale peut s’éloigner de cette cible en cas de choc économique. Dans ce cas, elle devra cependant être un peu plus précise qu’avant en détaillant sur quelles bases elle laisse l’inflation à un tel niveau.

Surtout, l’exécutif britannique donne à la BoE la liberté d’utiliser de nouveaux outils non conventionnels, comme elle l’a déjà fait en lançant son programme de rachats d’actifs et son mécanisme de soutien du crédit (Funding for Lending Scheme). La banque pourrait ainsi se référer non seulement à l’inflation mais aussi à des indicateurs macroéconomiques pour piloter l’évolution des taux et les anticipations des agents. «Cela a de fortes chances d’être un niveau de PIB réel, de chômage ou même de PIB nominal», écrit David Tinsley, chez BNP Paribas.

Le chancelier de l’Equichier reste vague sur ce point. Il invite la BoE à préciser les possibles critères de cette nouvelle approche et à peser le pour et le contre de celle-ci en août prochain à l'occasion du rapport sur l'inflation. Appelée «forward guidance», cette démarche a été adoptée l’année dernière par la Réserve fédérale américaine, qui a décidé de se fixer un objectif explicite sur l’évolution du chômage aux Etats-Unis. Elle est aussi mise en œuvre par la Banque centrale canadienne, dont l’ex-gouverneur, Mark Carney, va remplacer Mervyn King. «La probabilité que la banque centrale ait recours à cet outil est assez élevée», estime Mauro Giorgio Marrano, chez UniCredit.

Les économistes de Barclays relativisent cependant les changements apportés au mandat de la BoE. Ils «modifient la façon dont la politique monétaire va être communiquée mais tous les principaux points du précédent mandat ont été laissés inchangés». Ils ne revoient donc pas leurs prévisions de politique monétaire. Selon eux, les banquiers centraux ne devraient pas augmenter le programme de rachats d’actifs prochainement.

Les minutes de la réunion du comité de politique monétaire du début du mois, publiées hier, montrent d’ailleurs qu’une large majorité, soit 6 membres sur 9, a voté pour le statu quo monétaire comme en février. Comme lors de la précédente réunion, Mervyn King, Paul Fisher et David Miles auraient souhaité augmenter le programme d’assouplissement quantitatif de 25 milliards de livres à 400 milliards. Cependant, leurs confrères ont estimé que cela pourrait être vu comme un désengagement de la BoE à maintenir une inflation faible à moyen terme et déboucher sur une dépréciation trop marquée de la livre.

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