Les Chypriotes rejettent le plan de soutien

le 20/03/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les parlementaires ont condamné avec force le projet de taxation des dépôts bancaires

Le plan de sauvetage des banques chypriotes rejeté par les députés. Photo Bloomberg.

Chypre s’enlise dans la crise. Les parlementaires chypriotes ont rejeté hier soir sans ménagement le plan de soutien de 10 milliards d’euros présenté le week-end dernier. Avec 36 votes contre, 19 abstentions et pas le moindre vote pour, ils ont condamné l’une de ses mesures phare: une taxation des dépôts censée générer 5,8 milliards d’euros. Face au tollé général, le projet avait pourtant été amendé dans une ultime version; il prévoyait d’exempter les dépôts inférieurs à 20.000 euros, de taxer à 6,75% les sommes situées entre 20.000 et 100.000 euros, puis à 9,9% au-delà.

La levée de boucliers des parlementaires chypriotes souligne encore un peu plus la gestion calamiteuse du dossier. En piétinant l’engagement de garantir les dépôts jusqu’à 100.000 euros, avant de tenter de faire machine arrière lundi soir, l’Eurogroupe a étalé au grand jour ses divisions. Et le président chypriote Anastasiades, qui ne voyait aucune autre alternative à ce plan en début de semaine, a vu sa propre formation politique s’abstenir hier soir.

Pris en tenaille entre les exigences des créanciers internationaux et l’opposition des épargnants, il a également dû affronter l’indignation de la Russie. Le président Vladimir Poutine a décrit une mesure «injuste, non professionnelle et dangereuse», alors que les avoirs russes (sociétés et individus confondus) détenus à Chypre sont estimés par Moody’s à 31 milliards de dollars. De quoi détourner Nicosie de la solution évoquée tardivement au sein de l’Eurogroupe : épargner les dépôts jusqu’à 100.000 euros et taxer à hauteur de 15,6% au-delà.

Avec ce feu rouge au Parlement, le sauvetage du secteur bancaire chypriote, dont le poids représente 700% du PIB, est dans l’impasse. La Banque centrale européenne n’a pas tardé à réagir hier soir pour «réaffirmer son engagement à fournir de la liquidité tant que de besoin dans le cadre des règles existantes».

En décembre dernier, les banques chypriotes recevaient grâce au programme de soutien exceptionnel à la liquidité (ELA) des fonds représentant plus de la moitié du PIB national, selon les données de la banque centrale chypriote. Un responsable européen, cité par Bloomberg, a indiqué que la fermeture des vannes du programme ELA pourrait être un moyen d’accroître la pression sur Nicosie.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a mis en garde hiersoir contre des solutions irresponsables pour résoudre cette crise. «Dans une telle situation, avec l'insolvabilité qui guette, alors, les créanciers doivent participer s'ils veulent éviter la faillite». De son côté, le ministre luxembourgeois des Finances, Luc Frieden, a jugé «absolument nécessaire» une nouvelle réunion de l’Eurogroupe «dès que possible» afin de discuter avec le gouvernement chypriote des prochaines étapes. «Ce n’est pas un bon résultat, que ce soit pour la zone euro ou pour Chypre, et nous devons chercher ensemble des alternatives à l’accord négocié», a-t-il ajouté.

L’équilibre sera dans tous les cas difficile à trouver, sachant que n’importe quel type de ponction bancaire provoquera une fuite des dépôts d’environ 10%, estime le gouverneur de la banque centrale de Chypre. La balle est désormais dans le camp des Chypriotes, estime-t-on côté européen où on attend une contre-proposition. La taxation des comptes bancaires devrait rester au cœur des discussions, alors que les agences bancaires doivent en principe rouvrir demain.

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