«L'euro/dollar devrait descendre à 1,05 d'ici à deux ans»

le 23/01/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Hans Redeker, stratège monde de Morgan Stanley sur les changes, livre ses prévisions à «L'Agefi»

L'Agefi: Comment expliquez-vous la récente remontée de l’euro face au dollar?

Hans Redeker: L’actuelle remontée de l’euro est due selon nous à un «effet de portefeuille». Les investisseurs achètent des obligations et des actions européennes, notamment des pays comme l’Espagne ou l’Italie. Ces flux ne viennent pas seulement des pays dits «core» de la zone mais aussi de l’étranger. Ce mouvement de réinvestissement s’explique par la politique de la BCE. Nous pensons que l’euro/dollar va atteindre un point haut au cours du second trimestre de 2013, à 1,36.

Comment voyez-vous l’euro/dollar évoluer après le second trimestre?

Les fondamentaux de l’économie européenne vont rester négatifs. L’euro va atteindre un niveau supérieur à ce que peuvent supporter au maximum des pays de la zone euro comme l’Italie (1,19) ou la France (1,23). Les banques européennes sont en train de réduire leur bilan et de rapatrier leurs actifs ce qui soutient la monnaie unique mais nous savons tous que ce mouvement ne va pas durer éternellement. Par ailleurs, les Etats-Unis semblent de plus en plus compétitifs par rapport à l’Europe, notamment si on considère le coût de l’énergie. Et la baisse du yen va soutenir les exportations japonaises au détriment des exportations européennes. Enfin, même si les Etats-Unis continuent à avoir une politique monétaire accommodante, la BCE pourrait baisser le taux de la facilité de dépôt en dessous de zéro. Si bien que nous attendons un euro/dollar de 1,26 à la fin de l’année 2013. Il devrait descendre à 1,05 d’ici à deux ans.

Comment voyez-vous évoluer l’euro par rapport à la livre et au franc suisse?

La livre a joué un rôle de valeur refuge mais le mouvement de rapatriement des fonds vers les pays périphériques de l'Union contribue aujourd’hui à son affaiblissement. Le fait que David Cameron remette en question la pleine appartenance du pays à l’Union crée une grande incertitude et ne joue pas en faveur de la livre. Enfin, Mark Carney prendra la tête de la Banque d'Angleterre cet été et il est considéré comme une colombe. L’euro/livre devrait toucher un point haut au second trimestre à 0,84, redescendre à 0,80 à la fin de l’année et tomber à 0,77 au troisième trimestre 2014. L’euro/franc suisse devrait se maintenir à 1,20 tout au long de l’année. Si les tensions diminuent, je pense que la Banque nationale suisse remettra en question le taux plancher.

Hans Redeker
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Hans Redeker

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