Le risque italien fait son retour sur le marché

le 11/12/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les économistes relativisent cependant l'impact à long terme de la démission de Mario Monti

Illustration: Patrice Alby/Agefi

Rome s’apprête à subir son premier vrai test de marché depuis l’annonce de la démission du président du Conseil italien Mario Monti. Le Trésor prévoit d’émettre des bons à 12 mois mercredi et surtout 3 à 4 milliards d’euros d’un nouvel emprunt d’Etat à 3 ans le lendemain. Hier, la réapparition du risque politique a fait décaler toute la courbe italienne à la hausse, de 35 points de base sur les rendements à 2 ans (2,28%) et de 30 pb à 10 ans (4,85%). Une réaction qui devrait être de courte durée selon plusieurs économistes.

La décision surprise de Mario Monti ne fait qu’avancer des élections prévues à l’origine en mars et raccourcit de fait la période d’incertitude qui s’annonçait. La démission du gouvernement une fois le budget voté d’ici à Noël, puis la dissolution du parlement, laissent espérer un nouveau scrutin dans la deuxième quinzaine de février compte tenu des délais légaux (45 jours minimum à 70 jours maximum à compter de la convocation de nouvelles élections).

Sur le plan politique, le raccourcissement du calendrier électoral a aussi une autre conséquence: empêcher la réforme du mode de scrutin que préparait le gouvernement. «L’élection devra être conduite selon les règles existantes, qui donne une prime au parti ou à la coalition sortant premier des urnes», explique Alex White, économiste chez JPMorgan. Or, le PdL (Parti de la liberté), le parti de Silvio Berlusconi qui détient un tiers des sièges à l’Assemblée et 40% au Sénat, plafonne à 16% dans les intentions de vote. Il est largement devancé par le Pd (Parti démocrate), de centre-gauche, dirigé par Pier Luigi Bersani, qui recueille autour de 30% dans les sondages et a toujours soutenu Mario Monti.

Pour les stratégistes de RBS, à ce stade, le scénario le plus probable serait celui d’une victoire d’une coalition de centre gauche, permettant de poursuivre les réformes entreprises. L’hypothèse Monti n’est pas non plus à écarter: le premier ministre sortant pourrait faire son retour soit comme Président de la République avec un gouvernement Bersani, soit comme chef d’un nouveau gouvernement de techniciens en l’absence de majorité claire, selon les observateurs politiques.

D’ici là, les marchés devraient rester volatils. «Ils avaient sous-estimé le risque d’une campagne électorale très agressive», souligne Luigi Speranza, stratégiste chez BNP Paribas. Les discours anti-austérité ou anti-Europe pourraient ainsi faire les gros titres d’ici à fin février. D’autant que l’économie italienne s’enfonce dans la récession: la contraction du PIB de 0,2% au troisième trimestre (-2,4% sur un an) a été confirmée hier, avec une contribution très négative de la consommation des ménages, tandis que la production industrielle a plongé de 1,1% en octobre.

«Les événements en Italie ne constituent pas un changement structurel pour les marchés et le sentiment pour le risque», relativisent cependant les stratégistes de SG CIB. Ils rappellent l’existence du programme de rachats de la BCE comme plafond à la hausse des rendements. Rome aura aussi la chance de faire face à de relativement faibles tombées de dette à moyen long terme au premier trimestre 2013, de 21 milliards d’euros. Ses besoins d’émissions sont estimés à 48 milliards d’euros entre janvier et mars par CA CIB.

La courbe italienne a décalé à la hausse, de 30 pb sur le taux à 10 ans (4,85%). Illustration : L'Agefi.
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La courbe italienne a décalé à la hausse, de 30 pb sur le taux à 10 ans (4,85%). Illustration : L'Agefi.

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