La dette corporate donne des signes de surchauffe

le 30/11/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Après des montants d'émissions records à des coupons très bas, certains craignent l'apparition d'une bulle

L’afflux de liquidités déversées ces derniers mois sur le marché de la dette corporate a tiré les taux d’emprunt des entreprises européennes au plus bas à quelque 4,18% en moyenne sur les mois écoulés de 2012 selon Thomson Reuters. De là à penser que l’on est proche de la surchauffe il n’y a qu’un pas que d'aucuns n’hésitent plus à franchir. Certains analystes s’attendent à une baisse du rendement de la classe d'actifs tant sur les segments «high yield» que pour la catégorie des entreprises «investment grade» en 2013.

Les volumes d’émissions de dette des entreprise ont atteint des niveaux records en septembre et octobre en Europe. Cet appétit s’explique par deux raisons principales: d’un côté des entreprises contraintes de se tourner vers les marchés de capitaux face à la pénurie de crédit bancaire, et de l’autre des investisseurs en quête de rendement et d'alternatives aux obligations d’Etat. «Nous pourrions être en train d’assister à la formation d’une bulle sur la dette des entreprises ‘blue chips’. Mais ce n’est pas encore le cas si l’on regarde les grandes PME», prévient Michael Heise, l’économiste d’Allianz.

Le coupon moyen à l’émission pour les entreprises européennes a en effet atteint un plus bas historique sur les mois écoulés de 2012 à quelque 4,18%, selon les données de Thomson Reuters. Les exemples d'opérations ne manquent pas. Au début du mois, Sanofi a annoncé avoir placé une émission obligataire de 750 millions d'euros à échéance 2017 à un taux d'intérêt annuel très bas de 1%. L'opération s'est faite avec un coupon historiquement bas pour une dette de maturité 5 ans.

Des coupons encore plus bas ont été offerts aux investisseurs ces dernières semaines mais pour des dettes de plus court terme. Le spécialiste des logiciels SAP a lui aussi récemment émis des titres à maturité 3 ans à 1% tandis que Nestlé a lancé une offre à 4 ans à un taux de 0,75%. Fin août, Siemens est même parvenu à lever 400 millions d’euros auprès des investisseurs en leur offrant un taux de 0,375%. Cela faisait depuis 2007 qu’une société du Vieux Continent n’avait pas réussi à se financer à un taux aussi attractif, le précédent record revenant à Sanofi Aventis qui avait émis à 0,2%. Les constructeurs automobiles allemands Daimler et Porsche sont ceux qui ont émis dans les plus forts volumes au taux les plus faibles.

Pour 2013, les analystes de Bank of America Merrill Lynch s’attendent, côté investisseurs, à une chute des rendements sur le crédit corporate. Sur le segment de la dette «high grade» qui concerne les émetteurs les mieux notés, ils anticipent un recul des rendements à quelque 1,6 % l’an prochain contre 10,2% en moyenne cette année. Pour la dette high yield, moins exposée aux risques de taux d’intérêt, Bank of America Merrill Lynch table sur un rendement de 7% nettement inférieur au taux de 13,2% affiché sur les mois écoulés de 2012.

Le resserrement des spreads de crédit devrait pourtant se poursuivre avec un objectif de 120 points de base pour le high grade l’an prochain, contre 160 pb actuellement. Sur le marché high yield, la prime de risque devrait s’inscrire aux alentours des 475 pb pour 2013 contre 565 pb aujourd’hui. Les observateurs s’attendent à une légère remontée des taux de défaut des entreprises mais ils devraient rester à des niveaux bas, aux alentours de 4% pour la fin 2013, estime Benoît Soler, responsable de la gestion high yield chez Edmond Rothschild Investment Managers.

Les taux d’emprunt des entreprises européennes au plus bas à 4,18%. Illustration L'Agefi.
ZOOM
Les taux d’emprunt des entreprises européennes au plus bas à 4,18%. Illustration L'Agefi.

A lire aussi