Les créanciers de l'Argentine craignent l'imminence d'un défaut sélectif

le 26/11/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le principe du «pari passu» imposé par la justice américaine pénalise les créanciers ayant accepté, avec décote, les restructurations de dette

Le bras de fer entre l’Argentine et les «fonds vautours» ressemble à la chronique d’un défaut annoncé. La décision prise par le juge Thomas Griesa de la Cour américaine de justice de New-York d’exiger un paiement immédiat des créances aux investisseurs qui ont refusé de souscrire aux restructurations de dette de 2005 et 2010, dont le fonds Elliott, a provoqué la colère à Buenos Aires.

«Payer les vautours n’est pas seulement injuste mais illégal selon nos règles internes» a affirmé le ministre de l’économie, Hernan Lorenzino qui entend continuer «à défendre la position de l’Argentine (…) avec tous les moyens légaux à sa disposition». L’Argentine fera appel de cette décision.

«Paradoxalement, la seule manière légale de ne pas payer Elliott sera de ne pas payer non plus les autres créanciers et donc de faire défaut» indique Tullett Prebon. Or, le mois prochain, Buenos Aires devra verser 3,14 milliards de dollars aux détenteurs obligataires ayant accepté ses offres d'échange de titres en 2005 et 2010 et 1,33 milliard aux «fonds vautours» pour un montant total qui représente environ 22% de l’encours de dette argentine.

La cour américaine, qui fonde sa décision sur le principe du «pari passu» qui exige un traitement égal entre créanciers, veut ainsi que pour chaque paiement consenti aux investisseurs ayant accepté la restructuration, le pays honore un remboursement de proportion équivalente pour ceux l’ayant refusée.

Les premiers, qui avaient accepté une forte décote lors des deux restructurations, se trouvent ainsi privés du seul bénéfice qu’ils en ont tiré: la garantie du remboursement de leur prêt. Un précédent susceptible de fragiliser nombre d’accords de restructuration de dettes conclus entre des États et leurs créanciers.

De quoi provoquer un vent de panique chez les porteurs de dette argentine. «Les investisseurs craignent que le pays ne paie pas le montant réclamé par Thomas Griesa et que les agences placent les obligations en défaut sélectif» estime Brian Joseph, trader chez Puente Hermanos Sociedad de Bolsa. Le niveau des CDS argentins à un an s’est envolé vendredi de 224 pb, et le rendement des obligations à 5 ans de 84 pb, à 16,93%. Le prix des titres libellés en dollar indexés sur la croissance (GDP warrants), dont le remboursement au 15 décembre est mis à mal par la décision de justice, a chuté vendredi de 12,5%, à 14,90 dollars.

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