Moody's ôte à la France son Aaa

le 20/11/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’agence dresse un bilan sans concession des retards et rigidités pris par l’économie française qui affectent sa compétitivité et sa croissance

Moody's également ôte à la France son précieux AAA. Photo: PHB/Agefi

La Une du journal The Economist faisant la semaine dernière de la France une « bombe à retardement au cœur de l'Europe » trouve écho dans la décision de Moody’s, annoncée hier soir, de priver le pays de son Aaa. Après S&P, Moody’s ajuste également d’un cran à la baisse la note souveraine française à Aa1 tout en maintenant sa perspective négative. La principale raison de la dégradation est «le risque pesant sur la croissance économique, et ses conséquences sur les finances publiques». Moody’s estime ainsi que les prévisions de croissance de 0,8% et 2% en 2013 et 2014 sur lesquelles reposent les prévisions budgétaires sont «trop optimistes».

En ligne de mire également : la compétitivité française. «Les perspectives de croissance à long terme de la France sont défavorablement affectées par de multiples défis structurels, parmi lesquels sa perte graduelle et soutenue de compétitivité et les rigidités anciennes de ses marchés du travail, des biens et des services» estime Moody’s. Si les réformes sont bienvenues, elles sont jugées insuffisantes pour rétablir la compétitivité. Alors que le gouvernement a annoncé une concertation sur la mise en œuvre d’une réforme du marché du travail, Moody’s pose les enjeux en estimant que «mis à part le haut niveau de taxation et de cotisations sociales, le marché du travail français est caractérisé par un haut degré de segmentation qui découle d’une législation très protectrice de l’emploi pour les CDI» qui limite la compétitivité et la profitabilité des entreprises.

Mais Moody’s met également en exergue l’effet pénalisant de la force de l’euro sur la compétitivité, comparée à celle de l’Allemagne, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. L’agence indique que «le défi de restaurer une compétitivité-prix par la baisse des salaires et des coûts est rendu plus difficile par l’appartenance de la France à l’Union européenne, qui la prive du mécanisme d’ajustement qu’une possibilité de dévaluer sa monnaie lui apporterait».

Enfin, Moody’s indique qu’«une hausse du service de la dette accroîtrait davantage la pression sur les finances du gouvernement français, qui, contrairement à d’autres pays extérieurs à la zone euro qui bénéficient de la même notation, n’a pas accès à une banque centrale nationale qui pourrait lui fournir un financement de sa dette dans le cas d’une d’un dérèglement des marchés».

Moody's précise que l'ampleur limitée du déclassement reflète le programme de réformes suivi par le gouvernement. «C'est aussi un encouragement à mettre en œuvre rapidement et fortement les réformes que nous avons décidées» a réagi le ministre des Finances, Pierre Moscovici, dans un entretien à Reuters. Suite à l’annonce, l’euro baisait de 0,1% contre dollar, à 1,2807. Hier, le taux à 10 ans était stable à 2,065%. Citigroup estime que cette dégradation «reflète plus une réalité déjà connue qu'une nouvelle information pour le marché, les risques de hausse des taux restant ainsi limités».

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