Le Japon envisage d'être le seul pays à cumuler relance budgétaire et monétaire

le 19/11/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le favori pour le poste de premier ministre prône un assouplissement monétaire illimité et un plan de relance équivalent à 4% du PIB

Le changement de pouvoir qui se profile au Japon n’est pas de nature à desserrer la pression exercée sur la BoJ. La dissolution de la chambre basse du Parlement annoncée vendredi devrait conduire à voir le chef du Parti libéral-démocrate (LDP), Shinzo Abe, accéder au poste de premier ministre à l’issue des élections anticipées qui se tiendront le 16 décembre.

Or, Shinzo Abe a prôné ces derniers jours une politique de taux négatifs sur les dépôts des banques commerciales à la BoJ ainsi qu’un relèvement de l’objectif d’inflation à 3%, alors qu’elle a déjà toutes les peines du monde à entrevoir l’objectif actuel de 1% malgré des assouplissements monétaires massifs.

«La BoJ doit poursuivre un assouplissement illimité jusqu’à ce que l’objectif de 3% d’inflation soit atteint» a ainsi lancé Shinzo Abe la semaine dernière. Dans l’attente du résultat des élections, le consensus Bloomberg anticipe un statu quo de la BoJ à l’issue de sa réunion qui se tient aujourd’hui et demain, après une nouvelle rallonge de 11.000 milliards de yens accordée en octobre. Nobuo Inaba, ancien membre de la BoJ et candidat à la succession de Masaaki Shirakawa en avril 2013, a estimé que l’autorité «pourrait accentuer son assouplissement monétaire» tout en incitant le gouvernement à s’engager sur des objectifs budgétaires.

Après une reprise vendredi, le yen est retombé ce matin à 81,59 contre dollar, un plus bas depuis le 25 avril dernier, et à 104,11 contre euro. Un affaiblissement qui devrait se poursuivre dans la mesure où «la pression qui s’exerce sur la BoJ pour qu’elle adopte une politique de rachats d’actifs illimitée est amenée à durer» comme l’indique Citigroup. Un rapport du LDP prône même un changement de statut de la BoJ pour resserrer ses liens avec le gouvernement. RBS anticipe «le démarrage d’un biais haussier sur le dollar-yen qui le propulse vers des niveaux plus hauts que ceux connus jusqu’à présent».

Pour contrer l’entrée en récession de l’économie japonaise, qui s’est contractée de 3,5% au troisième trimestre, le LDP propose d’assigner un objectif de croissance à la BoJ de 3%, ainsi qu’un plan de relance budgétaire de 200.000 milliards de yens, équivalent à 4% du PIB par an sur dix ans, et une baisse de l’impôt sur les sociétés sous les 30%. Soutenu par un taux à 10 ans proche de ses plus bas niveaux de 0,72%, le Japon serait alors la seule économie à cumuler une relance budgétaire et monétaire.

Ces propositions suscitent néanmoins des inquiétudes de la part des investisseurs sur ses conséquences budgétaires. L’écart entre le taux 10 ans des obligations d’Etat et celui des obligations privées s’est élargi à 123 bp, son plus haut niveau depuis mars 2008.

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