La Grèce est condamnée à restructurer sa dette

le 19/11/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le débat est désormais largement public alors que l'Eurogroupe se réunit demain sur le dossier grec

Composition de la dette grecque. Illustration : L'Agefi.

C’est un secret de Polichinelle: une deuxième restructuration de dette attend la Grèce, qui affectera surtout cette fois les créanciers publics. Jens Weidmann, président de la Bundesbank, a ouvertement évoqué le sujet le 16 novembre. Ce sera aussi le cas des ministres des Finances de la zone euro réunis demain à Bruxelles. Deux problèmes se posent à eux: trouver les 32 milliards d’euros de plus dont Athènes a besoin en raison du report de ses objectifs de déficit de 2014 à 2016, et ramener la dette à des niveaux soutenables en 2020.

Le suspense reste entier sur les 32 milliards à combler. Quant à la restructuration, reste à savoir quand et comment. Jens Weidmann préfère attendre que les réformes portent leurs fruits. «Je peux effacer la dette aujourd’hui et me retrouver dans la même situation dans dix ans», craint-il. De fait, le PSI (private sector involvement) mené début 2012 a surtout modifié la répartition de la dette grecque, désormais à 70% aux mains de créanciers publics. Il n’empêchera pas le ratio de dette/PIB de grimper de 6 points en un an, à 176,7% fin 2012 selon la troïka (BCE, UE, FMI).

Le FMI, à couteaux tirés avec l’Union européenne et la BCE, veut que les créanciers publics prennent leurs pertes dans le cadre d’un OSI (official sector involvement). Sa directrice générale, Christine Lagarde, a déclaré samedi vouloir parvenir à un accord qui soit «ancré dans la réalité». Inacceptable pour les Etats européens, d’autant que des pertes avérées viendraient gonfler leurs déficits et leurs dettes.

Pour éviter d’en arriver là, un vaste menu d’options est sur la table, selon des sources officielles, à l’exception d’une restructuration de la dette détenue par la BCE. Cette dernière «considère que prendre volontairement des pertes sur son portefeuille revient à financer les Etats et contrevient aux traités européens», rappelle Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.

En revanche, la BCE est prête à ne pas prendre ses profits sur ces titres. Ces emprunts, logés dans les banques centrales nationales (BCN), ont été acquis sous le pair (la rumeur évoque 70% à 80%) et sont censés être remboursés à 100%, ce qui conduit à comptabiliser des profits virtuels au fil de l’eau. A charge pour les BCN de reverser ces bénéfices à leurs Etats respectifs, qui en feraient «cadeau» à Athènes. Autre option, envisagée par Zsolt Darvas, de l’institut Bruegel: échanger les titres des banques centrales à leur prix d’acquisition contre de nouveaux emprunts, ce qui permettrait à la Grèce de diminuer de 10 milliards sa dette.

Une baisse du taux d’intérêt des prêts bilatéraux, déjà ramené en 2011 de 300 à 150 points de base au-dessus de l’Euribor 3 mois, est aussi à l’étude. «Une nouvelle réduction de 100 pb permettrait de réduire de 0,5 milliard par an la charge de la dette», calculent les économistes de Goldman Sachs.

Enfin, le secteur privé pourrait être sollicité. Il a hérité lors du PSI de nouvelles obligations traitant autour de 22% à 32% du pair, et dont la valeur notionnelle est de 62 milliards d’euros selon Goldman Sachs. L’idée serait de prêter à la Grèce pour qu’elle rachète ces titres avec une légère prime et les efface – plusieurs hedge funds ont acheté des emprunts grecs dans cet espoir. Gain net espéré: autour de 20 milliards selon Goldman Sachs.

Au total, la banque américaine tout comme Zsolt Darvas arrivent à environ 33 milliards de réduction de dette en combinant ces mesures. Mais «pour accroître la probabilité que le ratio de dette/PIB revienne à 120% en 2020, un effacement bien plus drastique (80 milliards environ) est requis», note Goldman Sachs. L’Europe n’y est politiquement pas prête.

Composition de la dette grecque. Illustration : L'Agefi.
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Composition de la dette grecque. Illustration : L'Agefi.

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