La croissance américaine est appelée à ralentir

le 29/10/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré un rythme de 2% au troisième trimestre, l'impact du mur budgétaire reste un point d'interrogation

USA : malgré 2% de croissance au 3e trimestre, l'impact du mur budgétaire reste une interrogation. Illustration L'Agefi

La zone euro doit regarder les Etats-Unis avec envie et soulagement. La croissance de l’économie américaine au troisième trimestre a été estimée en première approche à 2% en rythme annualisé, contre un consensus à 1,8% et un chiffre de 1,3% au trimestre précédent. La décomposition des éléments du PIB n’est toutefois pas si encourageante. Surtout, la croissance américaine en 2013 reste suspendue au résultat des élections de novembre et à un accord parlementaire qui repousse le «mur budgétaire» du 1er janvier 2013.

La consommation des ménages a constitué le principal soutien à la croissance, qui bénéficie aussi du rebond de l’investissement résidentiel (+14,4%), la purge immobilière semblant toucher à sa fin. Surprise, les dépenses publiques apportent également une contribution positive, mais sont concentrées sur des opérations de maintenance dans le secteur de la défense, un élément très volatil qui laisse craindre des corrections en deuxième estimation ou lors des prochains trimestres. Du côté des points noirs, l’investissement est en berne, et les exportations ont baissé plus vite (1,6%) que les importations (0,2%).

«Le tableau général est celui d’une économie à deux vitesses où le consommateur et le logement se comportent relativement bien, pendant que l’investissement en capital fixe est sur une trajectoire baissière, de sorte que les Etats-Unis atteignent tout juste leur croissance potentielle», note Julia Coronado, économiste de BNP Paribas. Il ne faut donc pas s’attendre à une amélioration sensible sur le front de l’emploi.

Mais les investisseurs ont la tête ailleurs. Le «fiscal cliff», la fin programmée au 31 décembre de baisses d’impôts (Bush, payroll tax, etc.) et d’aides publiques a supplanté la crise en zone euro au premier rang de leurs préoccupations, selon l’enquête mensuelle Bank of America Merrill Lynch. Sans accord parlementaire pour prolonger une partie de ces mesures, le resserrement budgétaire atteindrait 600 milliards de dollars en 2013, soit 4 points de PIB, et 800 milliards en année pleine, soit 5 points de PIB, l’année fiscale américaine étant décalée d'un trimestre.

«Même la Fed ne croit pas à ces chiffres, et table sur un resserrement de 1,5 point de PIB», relativise Philippe Delienne, chez Convictions AM. Fitch est sur la même ligne, tout comme de nombreux économistes. «Nous anticipons un impact du fiscal cliff de l’ordre de 1,5 point de PIB. La croissance américaine ne devrait pas dépasser 1,5% l’année prochaine en moyenne, mais elle restera sensiblement plus forte que celle de la zone euro», note Marie-Pierre Ripert chez Natixis.

Reste aux démocrates et aux républicains à trouver un accord pour éviter ce choc, sachant que le prochain président n’entrera en fonction que mi-janvier 2013. En cas de mandat clair – une réélection de Barack Obama et un Sénat démocrate, ou bien une victoire de Mitt Romney et des républicains à la chambre haute – la session de novembre et décembre reconduirait la majeure partie des baisses d’impôt, selon BNP Paribas. Une victoire de l’un ou l’autre des candidats, et plus particulièrement du président sortant, sans majorité claire, compliquerait en revanche le processus.

USA : malgré 2% de croissance au 3e trimestre, l'impact du mur budgétaire reste une interrogation. Illustration L'Agefi
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