L'Espagne fait durer le suspense

le 15/10/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

En dépit de la dégradation de la note du pays, les taux souverains ont tendance à baisser

Illustration: Patrice Alby/Agefi

Plusieurs analystes doutent d’une intervention rapide de la Banque centrale européenne (BCE) sur le marché de la dette secondaire espagnole. Le président de la BCE Mario Draghi a confirmé que son programme de rachats de titres souverains sur le marché secondaire (OMT) était prêt à être activé. Encore faudrait-il que l’Espagne lance un appel au secours. Le sommet européen de jeudi et vendredi serait une occasion. Mais ni ses coûts de financement en baisse, ni le contexte électoral n’incitent le pays à franchir le pas.

Vendredi, soit deux jours après la dégradation de la dette espagnole par Standard and Poor’s, les rendements à dix ans perdaient 14,5 points de base à 5,58%.

Selon l’analyste d’UniCredit, Michael Rottmann, les marchés tournent en rond: «les nouvelles négatives sur l’Espagne poussent à la vente de titres d’Etat. Cette pression augmente la probabilité d’une demande d’aide de l’Espagne, mais celle-là même réduit les ventes car les investisseurs n’ont pas envie de se positionner en face de la BCE». «La pression n’est pas suffisamment forte pour que l’Espagne appelle à l’aide», conclut Michael Rottmann.

Comme beaucoup de ses confrères il rappelle que le gouvernement espagnol pourrait attendre le résultat des élections régionales. Elles sont prévues le 21 octobre pour le Pays Basque et la Galice et «les élections régionales en Catalogne le 25 novembre pourraient lancer un référendum sur l’indépendance et prolonger encore désagréablement l’attente».

L’analyste ajoute que le ministre de finances allemand, Wolfgang Schäuble a semé le troublé en affirmant que l’Espagne, qui bénéficie déjà d'une aide pour son secteur bancaire, n’avait pas besoin d'une nouvelle enveloppe.

Aux yeux de l’analyste de JPMorgan, Alexander White, «il semble de plus en plus évident que l’Espagne va surmonter la pression, peut-être jusqu’à la nouvelle année». Et d’ajouter: «compte-tenu de cette réticence et du temps qu’il faudra pour activer l’OMT, il nous paraît de plus en plus probable qu’il n’y aura pas d’achat de la BCE avant cette année». Le lancement de l’OMT dépendra des engagements qu'acceptera de prendre l'Espagne. Des membres de la BCE ont rappelé que le Fonds monétaire international (FMI) serait impliqué dans les négociations.

Alexander White n’exclut cependant pas la possibilité d’un accord lors du sommet des 18 et 19 octobre. Selon Reuters, les discussions porteront sur le renforcement de l’Union budgétaire, bancaire et économique. Ce qui n’empêchera pas d'évoquer le cas espagnol.

Il y a quelques jours, les analystes de Barclays pensaient que le premier ministre Mariano Rajoy pourrait appeler au secours un peu avant ou après ce sommet. A leurs yeux, la situation économique de son pays ne lui laisse par le choix. Selon le FMI, la croissance devrait reculer de 1,5% en 2012 et 1,3% 2013, le déficit budgétaire atteindra respectivement 7% et 5,7%, et la dette montera à 90,7% et 96,9% du PIB.

Le type d’aide demandé par l’Espagne sera crucial. D'après l’économiste d’Aurel BGC, Jean-Louis Mourier, le pays doit se contenter d'une enveloppe limitée : «Si l’Espagne en vient à demander une aide totale pour boucler son budget, il est probable qu’elle perde son accès au marché». Or, la BCE a annoncé qu'elle n'achètera pas de dette souveraine dans ce cas.

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