L’Espagne joue la montre dans sa demande d’aide à l’Europe

le 12/09/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Mariano Rajoy ne veut pas de conditions sur des politiques publiques précises. Mais les marchés et la BCE devraient maintenir leur pression

Mariano Rajoy joue avec les nerfs des investisseurs. Le Premier ministre espagnol laisse planer le doute sur ses intentions de demander le soutien du Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou de son successeur, le Mécanisme européen de stabilité (MES), seul à même de déclencher des rachats de dette sur le marché secondaire par la BCE. «Je regarderai les conditions, et je n’accepterai pas qu’on nous dise quelles sont les politiques spécifiques où nous devons réaliser des économies», a-t-il déclaré lundi soir lors d’un entretien télévisé. Il a pris en exemple les retraites, déjà réformées l’an dernier, et désormais réputées intouchables.

Le chef de l’Etat a aussi évoqué la baisse des taux espagnols, consécutive aux annonces de la BCE, qui lui laisse le temps de la réflexion. Depuis le discours de Mario Draghi du 26 juillet laissant espérer une intervention de la banque centrale, le rendement à 2 ans espagnol est passé de 6,42% à 2,97%. Le taux à 10 ans est revenu à 5,69%, contre 7,37%. Les entreprises et les banques espagnoles ont en outre profité de l’appel d’air suscité par l’annonce du plan de la BCE le 6 septembre pour lever des fonds sur les marchés obligataires, qui leur étaient fermés depuis le printemps.

Les atermoiements de Madrid n’ont pas encore provoqué de tensions notables sur le marché obligataire. «Afin d’obtenir les meilleures conditions d’aide, Mariano Rajoy semble adopter la même stratégie que pour le sauvetage du système bancaire: attendre le plus longtemps possible et demander une aide d’urgence avec pour menace le risque systémique», estiment les économistes de CM-CIC Securities, qui pointent du doigt le risque d’une remontée rapide des rendements espagnols.

Mariano Rajoy peut être tenté de jouer la montre jusqu’au 21 octobre, date des élections régionales en Galice et au Pays basque. «Les marchés et la BCE ne devraient pas laisser autant de temps à Madrid», estime Gilles Moëc. Après l’Eurogroupe et l’Ecofin de vendredi et samedi, les conditions d’une éventuelle aide à l’Espagne pourraient être affinées les 8 et 9 octobre. La BCE, qui joue un rôle essentiel dans le refinancement des banques espagnoles, peut à tout moment siffler la fin de la récréation.

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