La probabilité d'une action de la Fed s'accroît

le 10/09/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les mauvais chiffres de l'emploi renforcent le camp des partisans de l'annonce d'un QE3 dès mercredi

Les mauvais chiffres de l’emploi américain plaident pour un nouveau geste de la Fed. Illustration L'Agefi.

Après Mario Draghi, c'est Ben Bernanke qui occupera cette semaine le devant de la scène. Le président de la Réserve fédérale américaine pourrait annoncer un troisième programme d’assouplissement quantitatif (QE3) jeudi soir, à l’issue des deux jours de réunion du Federal Open Market Committee. Le discours du banquier central à Jackson Hole fin août et les dernières minutes du FOMC sont accommodants, et les mauvaises statistiques de l’emploi publiées vendredi donnent des arguments aux partisans d'un nouveau geste.

Avec 96.000 créations d’emploi au mois d’août contre un consensus à 125.000, et une révision en baisse des chiffres de juillet (141.000 au lieu de 163.000), l'économie américaine reste convalescente. Le taux de chômage a certes reflué à 8,1%, mais pour une mauvaise raison: des chômeurs renoncent à trouver un emploi. Le billet vert a baissé à cette annonce, à 1,277 dollar pour un euro contre 1,264 vendredi matin. «Les statistiques de l’emploi rendent beaucoup plus probable un QE», estime James Knightley, économiste chez ING.

Lors du dernier FOMC, plusieurs options avaient été discutées. La baisse du taux auquel la Fed rémunère les réserves excédentaires semble difficile à mettre en œuvre sans pénaliser des fonds monétaires déjà éprouvés par la politique de taux zéro. La banque centrale, qui publiera mercredi ses prévisions économiques, pourrait en revanche prolonger son engagement de maintenir ses Fed funds à zéro, ce qu’elle appelle sa «forward guidance». «Cette dernière apparait être une candidate idéale pour la réunion de septembre», estiment les économistes de Natixis. Cet engagement court aujourd’hui jusqu’à fin 2014.

Les économistes sont plus divisés sur le lancement, dès cette semaine, d’un QE3, et sur sa forme. Un mélange de rachats d’emprunts d’Etat et de titres hypothécaires (MBS) émis par les agences de refinancement, est privilégié. Depuis l’arrêt de son deuxième programme d’assouplissement, la Fed a lancé puis prolongé son opération «Twist», qui consiste à rallonger la maturité de son portefeuille de titres sans augmenter la taille de son bilan. Elle réinvestit aussi les tombées de son portefeuille de MBS.

La Réserve fédérale a racheté pour 1.750 milliards de dollars d’actifs lors de son QE1, dont 1.250 milliards de MBS, et 600 milliards lors du QE2, rappelle Deutsche Bank. Les succès sont là: une baisse des taux longs ainsi que des rendements des MBS et des obligations corporates, tandis que les indices actions sont au plus haut depuis 4 ans. Mais cette politique a aussi des inconvénients, dont un risque de distorsion des marchés. «Si la Fed devient un acquéreur dominant dans certains segments, les transactions entre agents privés vont se tarir, dégradant la liquidité», relèvent les économistes de Deutsche Bank.

D’après leur pointage, la banque centrale détient déjà près de 40% du stock de Treasuries sur les maturités 6-8 ans et 10-20 ans. Sur les MBS à 30 ans de coupon 4,5%, la proportion grimpe à près de 45%. «Nous estimons que des dislocations de marché surviendront seulement si la Fed détient plus de la moitié de l’encours dans une catégorie de coupon», souligne Fidelio Tata, stratégiste à la Société Générale. Sous cette contrainte, la banque centrale peut se permettre «un total d’achats supplémentaires de MBS sur neuf mois de 300 milliards de dollars, soit 7,7 milliards par semaine, ce qui reviendrait à doubler son actuel programme de réinvestissement», poursuit l’expert.

Les mauvais chiffres de l’emploi américain plaident pour un nouveau geste de la Fed. Illustration L'Agefi.
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Les mauvais chiffres de l’emploi américain plaident pour un nouveau geste de la Fed. Illustration L'Agefi.

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