Les banques de la zone euro sont saturées de dette souveraine

le 31/05/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le volume détenu par les établissements espagnols a nettement reculé en avril, à un moment où les non-résidents s'allègent aussi

L'appétit des banques européennes pour la dette souveraine a marqué une inflexion en avril. Après cinq mois de progression, le volume de dette souveraine détenue par le secteur bancaire a reculé le mois dernier, d'après les données publiées hier par la Banque centrale européenne. Les banques espagnoles en particulier se sont montrées plus prudentes. Leur détention a reculé de 3,6 milliards d'euros à 261,3 milliards en avril, après avoir grimpé de 86,7 milliards en quatre mois. Les données de la BCE ne précisent pas la nationalité des titres détenus mais il s'agit généralement d'emprunts souverains domestiques. Le recul de l'appétit des établissements nationaux intervient alors qu'ils s'étaient substitués aux non-résidents, vendeurs nets de titres d'Etat espagnols depuis février. Le rendement à dix ans est monté hier à 6,61%, tout proche de son record de novembre 2011.

«Les investisseurs domestiques resteront les seuls acheteurs de dette et devront encore remplacer les non-résidents qui continueront de réduire leur détention d'obligations espagnoles, à un rythme toutefois moins élevé au second semestre», prévient Laurent Fransolet, responsable de la stratégie taux euro chez Barclays Capital. Or, l'Etat doit trouver 19 milliards d'euros pour recapitaliser Bankia. Il pourrait réussir à éviter de se financer sur le marché. Le Trésor pourrait puiser sur ses ressources existantes et celles du Frob, le fonds de restructuration du secteur bancaire, et émettre des billets de trésorerie, avance le professionnel.

Dans l'ensemble, l'effet de l'injection des liquidités à trois ans (LTRO) s'est «nettement estompé», souligne Crédit Agricole CIB. Les établissements allemands ont également réduit leur détention d'emprunts d'Etat. A l'inverse, les banques italiennes ne semblent pas avoir modifié leur stratégie en termes de dette souveraine en avril. Leur détention a progressé de 3,6 milliards à 327,5 milliards d'euros. Depuis novembre 2011, leurs portefeuilles de titres souverains ont gonflé de 80 milliards.

Les données de mai pourraient marquer un changement de tendance en Italie également. Hier, dans un environnement toujours tendu, le Trésor italien a adjugé un volume d'emprunts d'Etat à cinq et dix ans inférieur à sa prévision, et a dû, pour l'émission la plus longue, offrir un rendement de 6,03%, le plus haut niveau depuis l'émission du 30 janvier.

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